A bientôt
Je possède une ferme avec des vaches et des poules. En tout, j’ai compté 60 yeux et 86 pattes.
Combien ai-je de vaches et combien ai-je de poules ?
La sueur forme de petites gouttelettes à la naissance de ma poitrine. Les rais de soleil, que parfois la glycine laisse transpercer, les irisent et créent des dizaines de petits arcs-en-ciel. J’étends mes jambes dénudées sur la table basse et effleure le verre de citronnade encore frais que Patrick m’apporta il y a peu. Il remporte haut la main le titre de meilleur expert en boissons rafraîchissantes pour tout le département.
Le bruissement des bambous, qui s’inclinent lentement sous le vent, entraîne mon esprit à des divagations en terre vietnamienne, dans une chambre moite où je me réveillais en nage, la brise jouant avec les stores vénitiens.
Malgré l’inconfort de ce fauteuil en rotin, dont les fines tiges pourtant tressées fin aiguillonnent mes fesses, je peux demeurer de longues heures à y rêvasser et à y prendre d’insensées positions. Une attraction viscérale m’y attache. J’aime par-dessus tout frotter les tiges sous mes doigts et pressentir la force contenue dans leur cambrure.
"Emmanuel ! Emmanuel ! "
Patrick m'appelle; Je dois vous laisser.
Voir l'origine des désirs théicoles sur Désirs Théicoles : Poésie et loufoquerie autour d’une tasse de thé
Viviane Chocas réussit à nous parler de
la Hongrie au travers de ses spécialités culinaires. La Hongrie que ses parents ont fuit lors des évènements de 1956 a été bannie de l’univers familiale, comme une honte, tant que le communisme y
régna.
La chute du mur de Berlin et le vent de liberté qui souffla sous les anciens dominions de feu l’URSS réveilla les sentiments de la famille.
Le roman est écrit à la première personne par Klara, fille de Péter et Zsuzsa. Elle raconte par bribes comment elle a apprivoiser la Hongrie d’abord pas les saveurs et les arômes de la cuisine, puis par la langue qu’elle apprend seule, ses parents l’éduquant dans le français seulement. La promenade culinaire sert de prétexte à la découverte du pays, de l’histoire de sa famille et de ses parents.
On y découvre par exemple les beignets d’abricots (farsangi fánk), le biscuit roulé (beigli), le chou farci (töltött káposzta), les galuskas, le vin blanc (féher bor).
Le livre ne se dévore pas, il ne reste pas en bouche comme un bon vin, il ne se déguste pas ; il s’apprécie comme une pâtisserie de l’enfance que les années passées ont transformée en souvenir merveilleux mais que l’on est déçu de goûter à nouveau.
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Un écrivain va participer à une rencontre avec ses lecteurs dans un centre culturel d’une
ville israélienne. Il n’est pas enthousiaste et attend l’heure prévue dans un café. Son esprit vagabonde et invente les histoires des personnes qu’il croise.
Dans la chaleur moite de cette pièce où il doit répondre aux questions des participants, il imagine la vie de quelques uns ; brusquement, la voix de Rochale Reznik, emporte un extrait de son œuvre vers une poésie qu’il ne pressentait pas. Une aventure sentimentale avec Rochale ne tarde pas à prendre forme dans son esprit.
Amos Oz nous offre un magnifique roman (saluons aussi le joli travail de Sylvie Cohen la traductrice) qui s’interroge sur la frontière entre la vie publique et la vie privée, sur la force de l’inspiration et sur l’arbre des possibles.
La sensation de vide et d’ennui envahit l’écrivain avant et pendant la rencontre avec ses lecteurs, obligé de répondre avec conviction et passion aux questions déjà mille fois posées. L’échange que chaque lecteur, spectateur ou fan attend comme un moment intense et unique doit souvent peser sur l’artiste comme un fardeau.
Cette exploration des possibles me rappelle le roman de Régis Jauffret, Univers, univers, que j’ai chroniqué il y a peu. Autant ce dernier confinait à l’exercice cérébral d’écriture où seul l’auteur s’amusait, autant la lecture de Vie et mort en quatre rimes crée un plaisir immédiat, que la fin interrompt trop tôt.
Le roman jubilatoire donne vie à de nombreux de personnages secondaires, savoureux et inventifs, qui prennent, avec naturel, place dans l’histoire principal. Ils la rehaussent comme un mélange d’épices soigneusement choisies et dosées transforme un fade plat en un mets raffiné.
Encore un roman peu connu que je vous conseille vivement.
Voici les dix meilleurs livres de l’année 2009. Ce classement ne vise pas uniquement les sorties de l’année mais plus globalement les livres que j’ai lus.
La sélection est partiale et subjective. Elle reflète mon état d’esprit du moment et n’est pas classée par ordre de préférence. Certains livres, dévorés il y a peu, seront chroniqués bientôt.
1 - CARRERE Emmanuel D'autres vies que la mienne
2 - TEULE Jean Mangez-le si vous voulez
3 - DAMASIO Alain La zone du dehors
4 - AUDEGUY Stéphane Fils unique
5 - JAUFFRET Régis Lacrimosa
6 - ROLIN Olivier Un chasseur de lions
7 - AUSTER Paul The country of last things
8 - NOTHOMB Amélie Antéchrista
9 - REINHARDT Eric Cendrillon
10 - OZ Amos
Vie et mort en quatre rimes
Bonnes lectures !
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