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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 07:59
Doctor Sleep – Stephen King

Il n’est pas courant qu’un livre fasse si naturellement écho à la réalité quotidienne, alors se plonger dans Doctor Sleep en pleine période d’insomnie, voilà qui ne manque pas de piquant.

De nombreux lecteurs ou cinéphiles se souviennent de The Shining, ce huis clos dans l’hôtel Overlook, et du petit Danny Torrence aux prises avec des visions et un père qui devient fou et le traques. Qu’arrive-t-il à Danny à la fin de l’histoire ? Comment sa vie va évoluer, que va-t-il faire de ses dons ?

C’est l’ambition de ce roman que d’y répondre. Voilà donc Dan Torrence, adulte, qui erre sans réel but, alcoolique mais toujours doté du ‘shining’ cette hypersensorialité, cette capacité notamment à percevoir ce que pensent les autres. A-t-il oublié les fantômes d’Overlook ? Sans doute pas puisque qu’il les enfermes au cœur de son esprit.

Dans l’hospice où il travaille, il met ce don au service des malades, les aidant à franchir en paix la dernière marche, à s’endormir pour l’éternité. C’est dans sa chambre sous les toits qu’il est contacté par Abra, une fillette qui possède un don similaire mais bien plus puissant ; Abra a des visions concernant l’enlèvement d’enfants par des ravisseurs inquiétants, Dan va lui venir en aide.

Se noue alors une histoire comme Stephen King aime à les raconter, mélangeant dans une Amérique contemporaine et parfois miteuse le paranormal, l’incroyable, la tension, les personnages attachants et d’autres bien plus inquiétants, ceux qui roulent dans leur gros camping car noirs et qui semblent ne pas vieillir, recherchant des enfants possédant le don.

J’y ai retrouvé la précision de la construction qui me faisait adorer cet auteur avant qu’il ne se lance dans un peu de Fantasy ou dans des romans qui n’en finissaient pas. Le rythme vif souligne une histoire où l’angoisse suggérée vaut tout le gore du monde. La solution réside toujours dans l’enfance, comme la peur des croque-mitaines et des êtres maléfiques.

Bien sur, ces 450 pages pourraient sans doute être réduites mais je ne m’y suis jamais ennuyé ! Alors, si vous souhaitez connaître comment on peut survivre à un cauchemar comme celui de Danny, rejoignez le Doctor Sleep, mais vous aurez du mal à vous endormir.

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 07:56

Christian-Oster---En-ville.jpgCinq amis se retrouvent pour dîner. Georges apporte un gros gâteau à ses hôtes, Paul et Louise. William et Jean sont déjà arrivés. Ils se réunissent pour parler de leurs prochaines vacances car ils entendent, une nouvelle fois, partir ensemble, et, cette année, louer une maison dans une île grecque petite et sauvage. 

 

Ces cinq amis déjà quinquagénaires se connaissent peu et se rencontrent rarement. Ils ne se téléphonent guère et ne livrent d’informations sur leur vie privée qu’avec grande réticence, et encore surtout leur passé « ... nous avions parlé du passé, moins du présent, parce que c’est se qu’on cache, avais-je pensé, c’est le présent que l’on cache quand le passé, qu’on livre plus volontiers en pâture à l’autre en dit tout aussi long, mais c’est ainsi, le passé n’a l’air de rien, il ressemble à une vieille chose ». Pourtant ils se sentent bien ensembles et les précédentes vacances se sont bien passées.

 

Mais cette étonnante et quasi invraisemblable situation va être perturbée par quelques évènements que le narrateur, Jean, va décrire et commenter et qui amènera les protagonistes à choisir, à décider, parfois à subir. Jean, lui-même ne sera pas exempt de nouveautés mais ses intérêts profonds, ses envies, ses passions, demeurent cachés. Le sens même de la vie des différents personnages laisse apparaître de troublantes zones d’ombres, de non-dits, presque une sécheresse de cœur. On survole des bribes d’histoires sans en connaître la genèse, mais cela ne semble pas gêner Paul qui constate « Il y avait bien longtemps que je savais qu’il était question d’une origine, dans notre histoire. Et qu’à mes yeux ça ne réglait rien. N’y en aurait-il pas eu que ça m’aurait gêné aussi. C’est toute la vie qui était gênante. »

 

L’humour jaillit assez souvent, second degré, pince-sans rire «En dehors du fait que je lui annonçait des choses pas très gaies, elle avait une bonne voix et je me suis méfié, je me suis inquiété pour elle ». Au-delà du temps qui passe, d’une apparente solitude que ne suffit pas à repousser des rencontres de circonstances, j’ai été déçu par ce roman. Il ne m’a pas touché, je lui trouve malheureusement une banalité stylistique et narrative ; peut-être suis-je passé à côté de quelque chose. Le juge de paix qui est finalement : le conseillerais-je à quelqu’un ? Non.

 

Christian Oster avait déjà été sélectionné avec Trois hommes seuls pour le Prix du Livre Inter 2009.

France Inter

 

Ce livre faisait partie de la sélection du Prix du Livre Inter 2013. Il a laissé indifférent la grande majorité des jurés . 


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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 07:45

Nathalie-Leger---Supplement-a-la-vie-de-Barbara-Loden.jpgAu début ce devrait être simplement une notice, un petit encart sur le film Wanda « n’y mettez pas trop de cœur lui avait dit l’éditeur », mais la narratrice se plonge dans la vie de Barbara Loden, l’actrice américaine, née en 1932, qui scénarisa, réalisa le film et y interpréta le rôle titre.

 

Wanda sort en 1970 et raconte l’histoire d’une femme condamnée pour l’attaque d’une banque ; son complice mort pendant l’assaut, elle avait comparu seule devant le tribunal ; « condamnée à vingt ans de prison, elle avait remercié le juge ». Plus qu’une simple incarnation, Barbara est Wanda, elle s’y nourrit de sa propre histoire pour devenir cette femme humiliée et soumise à cet homme de rencontre qui la conduira à sa perte, lui reprochant presque sa passivité ; « Pourquoi ne sait-il pas la nécessité parfois impérieuse de se couler dans le désir de l’autre pour mieux s’en échapper. » 

 

Barbara Loden n’est actrice que pour cela, « Apaiser. Réparer les douleurs, traiter l’humiliation, traiter la peur. » Elle se coule dans les sentiments de Wanda et, dès que la caméra se met en route, parvient a se transfigurer, à rendre son visage blème, blafard, ravagé ; « Comment fait-on pour paraître humiliée, ou, plus fou, pour l’être sans motif d’humiliation ». 

 

Sempiternelle question posée à tous les comédiens, inlassable interrogation autour de la réalité et du jeu, de la façon de rentrer dans son personnage et de le devenir. « L’acteur est lié à son personnage comme le cadavre à son cercueil » dit une actrice et c’est quand on sait tout du personnage, en dehors de ce qu’il vit à l’écran, que l’on parvient à le jouer avec justesse.

 

A travers la double histoire de Barbara Loden et de Wanda, héroïne éponyme du film, Nathalie Léger arpente le terrain de jeu de cette Amérique de la fin des années soixante. Le destin de cette femme, seconde épouse d’Elia Kazan, mêlé aux propres souvenirs de la narratrice conduit une réflexion sur le jeu et l’utilité d’avoir vécu ce que vivent les personnages pour les incarner parfaitement. 

 

La mélancolie qui souligne la vie de Barbara et de Wanda (et de la femme qui fut l’héroïne réelle du fait divers) prend vie au travers de réflexions entre ces trois histoires, comme des images qui se découvrent dans des miroirs sans que l’on sache finalement d’où chacune provient.

 

Ce livre a reçu le prix du Livre Inter 2012. Ce n’est pas celui qui m’a le plus touché des derniers titrés.


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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 07:34

Tristane-Banon---Le-bal-des-hypocrites.jpgLe 15 mai 2011, Dominique Strauss Kahn, était arrêté dans un avion qui s’apprêtait à décoller de l’aéroport de New York. Accusé d’avoir, dans sa suite 2806, violé Nafissatou Diallo, une femme de chambre de hôtel Sofitel. Cet évènement a tenu en haleine les médias pendant de nombreux mois. Les habitudes sexuelles de l’ex-directeur du FMI furent alors étalées ainsi que son comportement avec les femmes. Des journalistes et des politiques avouèrent alors que c’était connu dans le milieu, que ce n’était pas une surprise, que tout le monde savait.

 

Tout le monde savait peut-être, sans doute, mais aucun ne parlait. Secret bien gardé, frasques tues, comportement agressif celé, jusqu’à ce que les américains balancent en une la photo de celui qu’ils appelleraient le pervers. Alors ces journalistes aussi prompts à pourfendre les sans-grade qu’à se coucher, avilis, devant les puissants dont ils espèrent toujours tirer un bénéfice, un avantage, une prébende, se mirent à raconter, oh bien sûr pas tout, seulement à corroborer ce que d’autres avaient déjà dit. Ce qui était déjà dit mais qui n’avait pas fait la une, c’est par exemple Tristane Banon, dans un dîner un peu arrosé, qui avait confessé qu’elle avait été violée 8 ans auparavant par cet homme.

 

Dans ce livre Tristane raconte les deux mois qui ont suivi ce 15 mai 2011. Elle y raconte l’Affaire, l’agression de l’homme-babouin, le cochon. Elle narre les témoignages de ceux qui savaient et qui pourtant apportent leur soutien à l’homme-babouin, y compris le gros devenu maigre pour la campagne, la parole juste de la dame du Nord, la madone qui pense à la famille brisée de cet homme.

 

Elle raconte les journalistes qui veulent la faire parler, qui lui demandent pourquoi elle n’a pas porté plainte, ceux-là mêmes qui quant elle révéla l’agression, lui conseillèrent de ne pas le faire. Ceux-là qui savaient le comportement de l’homme-babouin et ne parlaient pas s’offusquent maintenant qu’elle ne porte pas immédiatement plainte, considèrent même son comportement suspect. Elle explique ses changements de domicile pour échapper au harcèlement de la meute qui veut vendre du papier. Elle dévoile les SMS, les messages sur les réseaux sociaux.

 

Tristane Banon donne sa vérité, pour survivre, pour surmonter cette agression qui la ronge toujours. Un ton simple, une justesse des sentiments décrits, qui incitent à la croire. Bien sûr certains s’interrogeront sur le pourquoi avoir attendu si longtemps pour porter plainte. Sans doute oublient-ils le courage nécessaire à une telle démarche et que le monde est plein de femmes battues, violées, harcelées, d’hommes esclaves, de victimes qui se taisent et que leurs doutes s’appliqueraient à chacune d’entre elles. La lâcheté n’est pas de ne pas oser porter plainte, c’est de savoir et de ne rien faire, bien calé dans son fauteuil, complices par leur silence des méfaits de ceux qu’ils protègent.

 

Jamais la formule de Talleyrand mise en exergue du livre n’aura paru aussi juste ; « Ceux qui parlent ne savent pas, ceux qui savent ne parlent pas ».

 

Beaucoup savaient. Il n’y a qu’à se souvenir de la blague de Jean Glavany sur DSK : « Un jour DSK arrive au FMI avec un bout de culotte de femme qui dépasse de son col. Ça fait un scandale terrible, les gens disent, ça y est ça recommence, décidément il ne sait pas se calmer. Un collaborateur lui dit, Monsieur, ce n’est pas possible, ce bout de culotte qui dépasse. FSK le regarde et répond, Ah, ça, c’est un patch, j’essaie d’arrêter. » Mais entre le Don-Juanisme et le harcèlement ou l’agression, il y a la même différence entre la séduction et le délit.


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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 08:00

Julia-Deck---Viviane-Elisabeth-Fauville.jpgSi vous venez de lire ce livre, vous savez que Viviane est une maman quadragénaire. Vous avez compris qu’elle partageait il y a peu une vie maritale avec Julien Antoine Hermant avec lequel elle a eu une fille, âgée de douze semaines. Vous savez qu’elle vient de tuer son psychanalyste dont la salle d’attente ne contient que Polyeucte alors que « s’il y avait eu un Match ou un Point de vue, si l’on avait tant soit peu cherché à soulager votre mal au lieu de vous y plonger, vous n’en seriez pas arrivée là ».

 

Viviane se souvient de l’acte mais ne l’avoue pas et, elle nie lorsqu’elle est interrogée par la police, dans un commissariat central du cinquième arrondissement lequel « que ce fut intentionnel ou non de la part de ses concepteurs, son architecture s’inspire de l’esthétique militaire telle qu’elle s’épanouit sur les côtes françaises dans les bunkers, blockhaus, bases sous-marines édifiés par les Allemands sous l’Occupation. En somme c’est plutôt moche ». Elle prend connaissance d’autres protagonistes de l’affaire. Elle va alors enquêter, essayer de savoir ce qu’ils savent. 

 

Tu la suivras, lecteur, dans ses pérégrinations parisiennes, le long des rues, de Barbes à la rue Monge, dans des quartiers qu’elle ne fréquentait pas dans son enfance quand elle vivait dans la « bienheureuse ignorance de cet est parisien où logent les classes sociales intermédiaires et où sévissent les tueurs en série ». Tu percevras les circonvolutions de son esprit et 

 

Vous essayerez de comprendre les motivations de cette femme, qui occupe un poste important au Béton Biron, et l’enchaînement des évènements qui a conduit au drame initial. Vous réfléchirez, sans doute, à la maladie l’ayant conduite à consulter et à ses conséquences. Vous n’oublierez surtout pas de lire jusqu’aux derniers chapitres, bien conscient que dans ce type d’ouvrage la vérité se mérite après un long chemin peuplé d’embûches et de chausse-trappes. 

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Tu te rappelleras alors l’épigraphe, une citation de Samuel Beckett : « Je suis, depuis que je suis, ici, mes apparitions ailleurs ayant été assurées par des tiers » et chercheras en en percevoir le sens profond. Peut-être décideras tu de relire l’ouvrage, à l’aune de ta nouvelle connaissance, ravi que le petit nombre de page t’y encourage.

 

Ce roman déroute ou fascine, il interroge et se laisse découvrir à petits pas ; l’auteur construit un écheveau plaisant à démêler. Une belle découverte.

France Inter

 

Ce livre faisait partie de la sélection du Prix du Livre Inter 2013. S'il a reçu beaucoup de commentaires élogieux, certains jurés ont trouvé la fin médiocre et l'explication bien facile. Je pense, au contraire, qu'elle peut s'interpréter comme une ouverture sur une nouvelle énigme. C'était en tout cas mon coup de coeur, mon livre préféré, celui auquel j'aurais aimé que le prix soit attribué.


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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 09:34

Emmanuele-Bernheim---Tout-s-est-bien-passe.jpgEmmanuèle rejoint les urgences. Elle y retrouve sa sœur Pascale. Leur père, André, victime d’un AVC, est paralysé du côté droit. Il éprouve une grande difficulté à parler. On le transfère au service neurologie de l’hôpital Saint-Anne. Il la partage avec un « vieillard ».  Claude, la mère, souffre de la maladie de Parkinson. Elle trouve lors de sa première visite que « ton père n’a pas une si mauvaise tête ». 

 

L’état de santé empire puis s’améliore un peu. L’hôpital Broca accueille André dans le service « soins de suite et réadaptation gériatrique ». De sa main gauche il prend le bras d’Emmanuèle, la regarde bien en face et lui dit « Je veux que tu m’aides à en finir ».

 

Emmanuèle Bernheim, dans un récit autobiographique, décrit l’accident de son père, sa demande de mettre fin à ses jours et les mois qui suivirent. Comment accepter la demande d’un père d’un suicide assisté ? Faut-il se révolter, essayer de faire entendre raison, soutenir, refuser, aider, faciliter ou simplement accompagner ? 

 

Cette difficile question, tout le monde se l’est posée, après les différents cas médiatisés, notamment celui de Vincent Humbert. Ce jeune homme fut victime d’un accident de la route qui le laissa muet, aveugle et tétraplégique. En 2002, il adresse à Jacques Chirac, alors président de la république, une demande de ‘droit de mourir’. Marie Humbert, décide euthanasie son fils avec l’aide d’un médecin en 2003. 

 

La narratrice décrit les sentiments qu’elle éprouve et les phases qu’elle traverse. Quand faut-il prévenir les proches et de quelle façon ? Et puis, l’euthanasie étant interdite en France, comment faudrait-il procéder pour procurer à son père le soulagement définitif qu’il demande. Elle nous fait découvrir une association suisse qui aide à mourir selon un protocole bien rodé. Et si elle voulait vraiment aller en suisse, comment devrait-elle s’y prendre pour éviter toute action de justice en France ?

 

Elle aborde avec une grande justesse un sujet difficile et qui suscite bien des commentaires, parfois extrêmes. Le livre se base sur des phrases courtes, qui traduisent bien la rapidité des réflexions et l’anxiété qui habite la narratrice. Jamais le pathos ne prend le dessus et le récit devient même parfois savoureux, humoristique.

 

Un livre intéressant, agréable, mais sans doute un cran en dessous de Réanimation de Cécile Guilbert, à cause d’un parti pris plus narratif que réflexif.

France Inter

 

Ce livre faisait partie de la sélection du Prix du Livre Inter 2013. Il a suscité des commentaires positifs; il lui fut cependant reproché de donner un point de vue élitiste, celui d'une famille riche qui peut se payer les contacts et le voyage en Suisse; celui d'une famille qui connait un ténor du barreau et obtient les conseils pertinents pour éviter les risques pénaux. Et tout un chacun, comment gère-t-il ces moments?


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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 07:48

Tanguy-Viel---La-disparition-de-Jim-Sullivan.jpgDu jour ou l’auteur comprend que malgré un pays 2 fois plus importante que le Montana, en ce qui concerne la pêche et la chasse, les écrivains français ne parviennent pas à écrire des romans internationaux, vendus dans toutes les librairies du monde, il se dit que l’histoire entière de son prochain livre se déroulera aux Etats-Unis. De toute façon « jamais dans un roman international le personnage principal n’habiterait au pied de la cathédrale de Chartres ». 

 

L’auteur narrateur se met alors à nous raconter le livre qu’il a écrit, expliquant et se citant. Il présente Dwayne Koster, professeur de littérature, et son ex-femme Susan, « puisque j’ai remarqué cela dans les romans américains, que le personnage principal, en général, est divorcé ». Dwayne guette les mouvements dans la maison de sa femme dans le froid de sa vieille Dodge Coronet 1969. Il essaye de comprendre pourquoi il a nommé son héros Dwayne Koster, mais en vain : « Je sait seulement qu’un jour de juin, tandis que je regardait la carte des Etats-Unis, accrochée sur le mur de mon bureau est apparu ce nom là, Dwayne Koster … ». Nous découvrirons par la suite comment Dwayne en est arrivé là, par des retours en arrière. Nous apprendrons aussi pourquoi les empereurs envoyaient toujours un messager, la veille de leur arrivée, prévenir qu’ils rentraient : non pour être reçus dignement mais pour être sur de ne trouver personne dans le lit de leur femme.

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L’intérêt du livre tient évidemment assez peu dans l’histoire, banale et remplie de situations déjà vues. Quoique ce soit justement l’un des propos que de montrer qu’écrire un roman international capable de satisfaire à la fois les lectorats américains, indiens, sud-africain, allemand, français, indonésiens et bien d’autres encore, revient souvent à se contenter du plus petit dénominateur commun. L’enfilade de clichés s’appuie ensuite sur une construction moderne, de type scénario de cinéma (le lecteur même peu cinéphile, imagine vite les scènes qui se succèdent). La phrase de fin de chapitre se conclue, souvent par un élément inattendu ouvrant maintes perspectives et accrochant le lecteur pour lui donner envie de poursuivre. Les références à des faits réels (eg la chute des tours du World Trade Center en septembre 2011) voire leur inclusion comme éléments narratifs ancre le roman dans son époque et facilite l’identification du lecteur, tout en minimisant son effort d’imagination, ce qui facilite le plaisir de lecture auquel le plus grand nombre peut prétendre. 

 

Tanguy Viel réussit parfaitement ce livre sur un écrivain racontant son livre. Le ton est juste, bourré d’humour et de second degré, cocasse par son attachement à feindre le sérieux. Jusqu’à la scène finale du pauvre cowboy solitaire ! Jim Sullivan est un personnage réel, musicien et chanteur, disparu en 1975 au bord d’une route du Nouveau Mexique ; sa voiture est intacte, son corps n’a jamais été retrouvé. Certains pensent à un enlèvement crapuleux, d’autres que Jim s’est perdu en se baladant dans le désert ; certains enfin évoquent même un enlèvement par des extraterrestres, ce qui apparaît d’autant plus vraisemblable qu’il avait sorti un disque intitulé U.F.O (OVNI en anglais).

 

Précipitez vous chez votre libraire ou dans votre bibliothèque pour dévorer ce bijou d’écriture. La lecture d’une soirée réussie.

France Inter

 

Ce livre faisait partie de la sélection du Prix du Livre Inter 2013. Il fut défendu avec acharnement par de nombreux jurés. Il aurait sans doute fait un prix consensuel, une sorte de meilleur deuxième. 


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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 11:28

Yves-Ravey---Un-notaire-peu-ordinaire.jpgAlors que le narrateur feuillette avec sa mère l’album de famille, comme tous les soirs d’été, lorsque l’on frappe à la porte ; « Ma mère à longé le couloir et tourné la clé ! son cousin Freddy est apparu sur  le seuil.» Il n’était pas attendu et Madame Rebernak rechigne à le laisser rentrer. Il faut dire que Freddy sort de prison et elle craint que sa fille, Clémence, ne soit en danger. Freddy parti, la mère montre à son fils une photo de classe « J’ai reconnu ma sœur. C’était inscrit en bas à droite […] Ecole maternelle. Grande section. Ma mère a posé son index sur un visage. Elle a dit : C’est elle, c’est la petite Sonia. » 

 

Clémence sort avec Paul le fils du notaire, maître Montussaint, et cette idylle lui convient, le notaire a toujours été si bon avec sa famille. D’ailleurs ne prend-il souvent pas la peine de raccompagner Clémence à la maison à la place de Paul?

En dire plus nuirait sans doute à l’intrigue de ce petit roman. Il paraît simple. Bien construit certes, mais simple. Rien n’est vraiment surprenant dans ces 100 pages écrites en gros caractères. Il n’est pas désagréable à lire ; il passe le temps et serait parfait sous un sycomore lors d’un crépuscule d’été avec une orangeade à portée de main.

 

Il est simple et pourtant des questions subsistent quand même qui titillent la curiosité et pousseraient à consacrer une nouvelle heure à le relire depuis le début pour vérifier si un indice ne permettrait pas de lever ce doute qui s’insinue.

Et puis non.

France Inter

 Ce livre faisait partie de la sélection du Prix du Livre Inter 2013. Peu (vraiment peu) de jurés l'ont apprécié.

 

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 07:38

Olivier-Adam---Les-Lisieres.jpgPaul Steiner se cherche. Récemment séparé de sa femme, Sarah, ses deux enfants, Manon et Clément, qu’il ne voit qu’un week-end sur deux lui manquent énormément. Paul écrit des romans, retouche des scénarios et vit dans le Finistère, trouvant le calme dans les promenades sur les sentiers côtiers, dans les excursions en kayak ou dans les baignades dans l’eau fraîche. Il a quitté la banlieue parisienne et la ville de V. dans la laquelle il a passé son enfance entre la cité et le modeste pavillon familial. Il y retourne une fois l’an, en coup de vent, pour que les petits enfants voient leurs grands-parents, s’y sentant oppressé par un père rigide, qui s’apprête à voter pour le Front National et une mère falote qui n’exprime pas ses sentiments, « petite mère courageuse que la douleur de ses enfants effrayait bien plus que la sienne ». Sa mère qui vient juste de se casser le col du fémur et François, frère avec lequel il ne s’est jamais entendu, lui reprochent son absence et son manque d’intérêt pour la famille ; alors Paul va passer du temps dans cette ville où il fut heureux et rencontrer les êtres qui peuplèrent son adolescence.

 

Il s’agit d’un roman introspectif, dans lequel le héros, exprime à la première personne, ces réflexions sur la société, cheminant entre le présent et ses souvenirs. La narration est datée : elle débute le jour du Tsunami au Japon ; les élections cantonales se préparent dans une France soucieuse «La crise qui ne cessait de s’étendre, la Blonde, les affaires qui se multipliaient, l’obsession musulmane, l’Identité et la Nation, de vieux relents de Travail Famille Patrie ». Paul, conscience de gauche, a toutes les caractéristiques du bobo, à l’exception de ce côté pédant que le terme péjoratif a fini par revêtir. Il regrette la «fierté suspect ou parfois carrément imbécile» d’être d’un lieu, d’une identité régionale, « Une France telle que l’imagine Jean-Pierre Pernaut, attardée et refermée sur elle-même ».

 

La France palpite désormais en périphérie, les centres vidés par un immobilier réservé aux riches et aux sociétés, la vie se déroule désormais dans les banlieues et même dans les cités, marge de la marge, périphérie de la périphérie. Mais ses élites ne veulent ni le voir ni le dire, auto-reproduites dans des systèmes éducatifs dont la complexité et l’excellence étaient autant d’indications aux classes populaires « qu’elles étaient réservés à d’autres dont nous aurions bien peiné à définir l’identité ».

 

Paul reconnaît ne sentir nulle part vraiment chez lui, sans un coin ou affirmer plonger ses racines, encore moins dans la banlieue de son enfance « Et puisqu’il semblait acquis que je n’étais jamais non plus d’ailleurs, j’étais désormais condamné à errer au milieu de nulle part ». Pourtant, le jugement sans appel, ressemble plus à un constat qu’à une amertume. Sa famille, ses amis ou relations d’enfance ne représentent pas un socle rassurant ; avec quelques personnes seulement développe-t-il des affinités électives, avec lesquels il a « en commun d’avoir rompu, ou d’avoir été rompus, d’avoir fait sécession, de nous être extraits de quelque chose, ou d’en avoir été expulsé ».  Il apparaît difficile de se remémorer ces scissions structurantes et « Personne ne sait quand exactement les fissures deviennent des failles, puis se muent en gouffres infranchissables ».

 

Une partie du charme de ce livre réside dans le sentiment d’autobiographie qui emplit le lecteur car, comme l’auteur, le narrateur (‘je’) par exemple est écrivain, a vu un livre adapté au cinéma, a écrit un roman qui se passe à Kyoto. Vraie ou fausse, cette proximité confère une force aux réflexions que n’aurait pas donnée un récit à la troisième personne. Cet écrivain dont un personnage dit « qu’ils n’aidaient nullement les gens, au contraire, ils enfonçaient les plus fragiles, les plus inaptes, ils les confortaient dans leurs humeurs les plus noires, leur maintenaient la tête sous l’eau dans l’étang poisseux de la dépression, la vase verdâtre de la mélancolie ». La citation frappe le lecteur qui se demande d'ailleurs si elle ne s'appliquerait pas précisément à ce livre et son auteur!

 

Bien écrit, dans une langue agréable, construit en allers-retours vers le passé qui ont l’élégance de ne quasiment pas se faire remarquer, exploratoire d’un climat social distendu et d’une société en déliquescence, beaucoup peuvent se reconnaître dans ce livre qui porte une voix contemporaine, à l’écoute de ses sentiments et émotions.

 

Je me demande cependant si l’auteur ne se regarde pas écrire comme d’autres s’écoutent parler et s’il n’y a pas un côté nombriliste dont je conçois qu’il puisse rebuter certains. Cette logorrhée finit par lasser tellement l’auteur narrateur nous plonge sans un moment de répit dans sa vie et dans ses réflexions sans vraiment nous ouvrir à d’autres perspectives. Ce livre ne laissera pas indifférent. On l’aimera ou le rejettera au fond de sa bibliothèque. Dommage, j’avais bien apprécié ‘Le cœur régulier’.

 

France Inter

 

Ce livre faisait partie de la sélection du Prix du Livre Inter 2013. Si quelques jurés l'ont adoré, d'autres, beaucoup plus nombreux, l'ont critiqué avec séverité.

  

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 07:48

Alice-Zeniter---Sombre-dimanche.jpgConstruite par l’arrière grand-père d’Imre, la maison familiale est posée au milieu des rails près de la gare de Budapest. Elle a résisté à toutes les tentatives d’achat par la compagnie des chemins de fers. Construite principalement en bois, aujourd’hui vétuste, elle arbore au fronton le nom de l’aïeul, IMRE MÁNDY.  Ce nom, Imre le porte, à l’instar de son grand-père.

 

Imre est un adolescent un peu timide, qui aimerait prendre un peu son indépendance, imiter sa sœur Ági, qui a pris un appartement en ville pour étudier et qui se sent si libre en dehors, loin des non-dits de la famille. Car dans cette Hongrie contemporaine, les Mándy semblent conserver ce culte du secret formé pendant la dictature communiste. Imre ne parvient pas à comprendre pourquoi son grand-père se soule tous les 2 mai en maudissant les jardiniers, pourquoi son père ne porte pas, comme lui, le prénom traditionnel du premier né et se nomme Pál, pourquoi la mention du passé provoque silences gênés et insultes à Staline. Quand Imre questionne on lui répond que « le petit curieux devient vieux trop tôt ».

 

Alors Imre rêve avec son copain Szolt, un beau gosse qu’il admire un peu, de rencontrer des californiennes, filles perçues comme exubérantes et faciles, de faire éclater cette chape de plomb qui pèse sur la maison ; car s’il est spectateur des départs des voyageurs dont les déchets se retrouvent dans son jardin, son propre horizon demeure inéluctablement proche, borné. Et s’il parvient à trouver un travail finalement plaisant dans un sex-shop, il doit le cacher à sa famille, ne parvenant pas à construire sa propre vie avec bonheur.

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Le silence va pourtant très lentement se fissurer dans ce cercle familial qui erre de jours en jours sans vraiment les vivre, qui n’attend même rien de ce Dieu auquel Pál adresse cette prière en forme de supplication « Oublie nous. Arrête. Laisse tomber ». On ressent le fatalisme désabusé de ceux qui sont revenus de tout, qui ont vécu l’invasion soviétique en novembre 56 et les cinq années de terreur qui suivirent : « Pál compris que si l’année 1956 avait été si longue et si terrible c’est parce qu’elle avait duré jusqu’en 1961».

 

C’est une histoire d’absences, de manques, d’espoirs déçus puis oubliés, de résignations, « sous trop de porches, des gens attendent surs que la vie leur doit quelque chose, quelqu’un, et jamais ça n’arrive ». C’est une lente désagrégation de la volonté, brisée, l’acceptation des évènements sur lesquels l’homme n’aurait pas de prise, la constatation affligée que la vie passe avec ou sans nous « Je croyais quand j’étais jeune qu’en vieillissant on arrivait à la sagesse, mais c’est des conneries. On n’arrive à rien qu’à vieillir. On devient un animal qui pleure. […] Tout ce que je vois c’est que les années ont passé et que les années passées sont des années mortes. »

 

Alice Zeniter écrit une partition sur la douleur du passé et la difficulté d’être ; une partition qui alterne l’espoir conquérant des cuivres et le lamento émouvant, le chant désespéré du pupitre de violoncelles. Alors oui, peut-être, quand une douleur sans limite s’installe une chanteuse pourrait s’avancer sur scène et, dans un pianissimo de l’orchestre, lancer, davantage pour elle que pour le public, impuissant spectateur, « tous les dimanches sont tristes, les larmes sont ma seule boisson, la tristesse est mon seul pain. »

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Ce livre a été élu Prix du Livre Inter 2013 au cinquième tour de scrutin après de longs débats entre les jurés; il n’a pas fait l’unanimité. Si Alice Zeniter possède sur sa dauphine, Marie Ndiaye, l’avantage d’être peu connue, et bénéficiera sans doute davantage de l’écho de ce prix, son roman manque du souffle et de la puissance de Ladivine.

 

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Published by Tioufout - dans Livres
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