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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 07:34

Tristane-Banon---Le-bal-des-hypocrites.jpgLe 15 mai 2011, Dominique Strauss Kahn, était arrêté dans un avion qui s’apprêtait à décoller de l’aéroport de New York. Accusé d’avoir, dans sa suite 2806, violé Nafissatou Diallo, une femme de chambre de hôtel Sofitel. Cet évènement a tenu en haleine les médias pendant de nombreux mois. Les habitudes sexuelles de l’ex-directeur du FMI furent alors étalées ainsi que son comportement avec les femmes. Des journalistes et des politiques avouèrent alors que c’était connu dans le milieu, que ce n’était pas une surprise, que tout le monde savait.

 

Tout le monde savait peut-être, sans doute, mais aucun ne parlait. Secret bien gardé, frasques tues, comportement agressif celé, jusqu’à ce que les américains balancent en une la photo de celui qu’ils appelleraient le pervers. Alors ces journalistes aussi prompts à pourfendre les sans-grade qu’à se coucher, avilis, devant les puissants dont ils espèrent toujours tirer un bénéfice, un avantage, une prébende, se mirent à raconter, oh bien sûr pas tout, seulement à corroborer ce que d’autres avaient déjà dit. Ce qui était déjà dit mais qui n’avait pas fait la une, c’est par exemple Tristane Banon, dans un dîner un peu arrosé, qui avait confessé qu’elle avait été violée 8 ans auparavant par cet homme.

 

Dans ce livre Tristane raconte les deux mois qui ont suivi ce 15 mai 2011. Elle y raconte l’Affaire, l’agression de l’homme-babouin, le cochon. Elle narre les témoignages de ceux qui savaient et qui pourtant apportent leur soutien à l’homme-babouin, y compris le gros devenu maigre pour la campagne, la parole juste de la dame du Nord, la madone qui pense à la famille brisée de cet homme.

 

Elle raconte les journalistes qui veulent la faire parler, qui lui demandent pourquoi elle n’a pas porté plainte, ceux-là mêmes qui quant elle révéla l’agression, lui conseillèrent de ne pas le faire. Ceux-là qui savaient le comportement de l’homme-babouin et ne parlaient pas s’offusquent maintenant qu’elle ne porte pas immédiatement plainte, considèrent même son comportement suspect. Elle explique ses changements de domicile pour échapper au harcèlement de la meute qui veut vendre du papier. Elle dévoile les SMS, les messages sur les réseaux sociaux.

 

Tristane Banon donne sa vérité, pour survivre, pour surmonter cette agression qui la ronge toujours. Un ton simple, une justesse des sentiments décrits, qui incitent à la croire. Bien sûr certains s’interrogeront sur le pourquoi avoir attendu si longtemps pour porter plainte. Sans doute oublient-ils le courage nécessaire à une telle démarche et que le monde est plein de femmes battues, violées, harcelées, d’hommes esclaves, de victimes qui se taisent et que leurs doutes s’appliqueraient à chacune d’entre elles. La lâcheté n’est pas de ne pas oser porter plainte, c’est de savoir et de ne rien faire, bien calé dans son fauteuil, complices par leur silence des méfaits de ceux qu’ils protègent.

 

Jamais la formule de Talleyrand mise en exergue du livre n’aura paru aussi juste ; « Ceux qui parlent ne savent pas, ceux qui savent ne parlent pas ».

 

Beaucoup savaient. Il n’y a qu’à se souvenir de la blague de Jean Glavany sur DSK : « Un jour DSK arrive au FMI avec un bout de culotte de femme qui dépasse de son col. Ça fait un scandale terrible, les gens disent, ça y est ça recommence, décidément il ne sait pas se calmer. Un collaborateur lui dit, Monsieur, ce n’est pas possible, ce bout de culotte qui dépasse. FSK le regarde et répond, Ah, ça, c’est un patch, j’essaie d’arrêter. » Mais entre le Don-Juanisme et le harcèlement ou l’agression, il y a la même différence entre la séduction et le délit.


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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 08:00

Julia-Deck---Viviane-Elisabeth-Fauville.jpgSi vous venez de lire ce livre, vous savez que Viviane est une maman quadragénaire. Vous avez compris qu’elle partageait il y a peu une vie maritale avec Julien Antoine Hermant avec lequel elle a eu une fille, âgée de douze semaines. Vous savez qu’elle vient de tuer son psychanalyste dont la salle d’attente ne contient que Polyeucte alors que « s’il y avait eu un Match ou un Point de vue, si l’on avait tant soit peu cherché à soulager votre mal au lieu de vous y plonger, vous n’en seriez pas arrivée là ».

 

Viviane se souvient de l’acte mais ne l’avoue pas et, elle nie lorsqu’elle est interrogée par la police, dans un commissariat central du cinquième arrondissement lequel « que ce fut intentionnel ou non de la part de ses concepteurs, son architecture s’inspire de l’esthétique militaire telle qu’elle s’épanouit sur les côtes françaises dans les bunkers, blockhaus, bases sous-marines édifiés par les Allemands sous l’Occupation. En somme c’est plutôt moche ». Elle prend connaissance d’autres protagonistes de l’affaire. Elle va alors enquêter, essayer de savoir ce qu’ils savent. 

 

Tu la suivras, lecteur, dans ses pérégrinations parisiennes, le long des rues, de Barbes à la rue Monge, dans des quartiers qu’elle ne fréquentait pas dans son enfance quand elle vivait dans la « bienheureuse ignorance de cet est parisien où logent les classes sociales intermédiaires et où sévissent les tueurs en série ». Tu percevras les circonvolutions de son esprit et 

 

Vous essayerez de comprendre les motivations de cette femme, qui occupe un poste important au Béton Biron, et l’enchaînement des évènements qui a conduit au drame initial. Vous réfléchirez, sans doute, à la maladie l’ayant conduite à consulter et à ses conséquences. Vous n’oublierez surtout pas de lire jusqu’aux derniers chapitres, bien conscient que dans ce type d’ouvrage la vérité se mérite après un long chemin peuplé d’embûches et de chausse-trappes. 

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Tu te rappelleras alors l’épigraphe, une citation de Samuel Beckett : « Je suis, depuis que je suis, ici, mes apparitions ailleurs ayant été assurées par des tiers » et chercheras en en percevoir le sens profond. Peut-être décideras tu de relire l’ouvrage, à l’aune de ta nouvelle connaissance, ravi que le petit nombre de page t’y encourage.

 

Ce roman déroute ou fascine, il interroge et se laisse découvrir à petits pas ; l’auteur construit un écheveau plaisant à démêler. Une belle découverte.

France Inter

 

Ce livre faisait partie de la sélection du Prix du Livre Inter 2013. S'il a reçu beaucoup de commentaires élogieux, certains jurés ont trouvé la fin médiocre et l'explication bien facile. Je pense, au contraire, qu'elle peut s'interpréter comme une ouverture sur une nouvelle énigme. C'était en tout cas mon coup de coeur, mon livre préféré, celui auquel j'aurais aimé que le prix soit attribué.


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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 09:34

Emmanuele-Bernheim---Tout-s-est-bien-passe.jpgEmmanuèle rejoint les urgences. Elle y retrouve sa sœur Pascale. Leur père, André, victime d’un AVC, est paralysé du côté droit. Il éprouve une grande difficulté à parler. On le transfère au service neurologie de l’hôpital Saint-Anne. Il la partage avec un « vieillard ».  Claude, la mère, souffre de la maladie de Parkinson. Elle trouve lors de sa première visite que « ton père n’a pas une si mauvaise tête ». 

 

L’état de santé empire puis s’améliore un peu. L’hôpital Broca accueille André dans le service « soins de suite et réadaptation gériatrique ». De sa main gauche il prend le bras d’Emmanuèle, la regarde bien en face et lui dit « Je veux que tu m’aides à en finir ».

 

Emmanuèle Bernheim, dans un récit autobiographique, décrit l’accident de son père, sa demande de mettre fin à ses jours et les mois qui suivirent. Comment accepter la demande d’un père d’un suicide assisté ? Faut-il se révolter, essayer de faire entendre raison, soutenir, refuser, aider, faciliter ou simplement accompagner ? 

 

Cette difficile question, tout le monde se l’est posée, après les différents cas médiatisés, notamment celui de Vincent Humbert. Ce jeune homme fut victime d’un accident de la route qui le laissa muet, aveugle et tétraplégique. En 2002, il adresse à Jacques Chirac, alors président de la république, une demande de ‘droit de mourir’. Marie Humbert, décide euthanasie son fils avec l’aide d’un médecin en 2003. 

 

La narratrice décrit les sentiments qu’elle éprouve et les phases qu’elle traverse. Quand faut-il prévenir les proches et de quelle façon ? Et puis, l’euthanasie étant interdite en France, comment faudrait-il procéder pour procurer à son père le soulagement définitif qu’il demande. Elle nous fait découvrir une association suisse qui aide à mourir selon un protocole bien rodé. Et si elle voulait vraiment aller en suisse, comment devrait-elle s’y prendre pour éviter toute action de justice en France ?

 

Elle aborde avec une grande justesse un sujet difficile et qui suscite bien des commentaires, parfois extrêmes. Le livre se base sur des phrases courtes, qui traduisent bien la rapidité des réflexions et l’anxiété qui habite la narratrice. Jamais le pathos ne prend le dessus et le récit devient même parfois savoureux, humoristique.

 

Un livre intéressant, agréable, mais sans doute un cran en dessous de Réanimation de Cécile Guilbert, à cause d’un parti pris plus narratif que réflexif.

France Inter

 

Ce livre faisait partie de la sélection du Prix du Livre Inter 2013. Il a suscité des commentaires positifs; il lui fut cependant reproché de donner un point de vue élitiste, celui d'une famille riche qui peut se payer les contacts et le voyage en Suisse; celui d'une famille qui connait un ténor du barreau et obtient les conseils pertinents pour éviter les risques pénaux. Et tout un chacun, comment gère-t-il ces moments?


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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 07:48

Tanguy-Viel---La-disparition-de-Jim-Sullivan.jpgDu jour ou l’auteur comprend que malgré un pays 2 fois plus importante que le Montana, en ce qui concerne la pêche et la chasse, les écrivains français ne parviennent pas à écrire des romans internationaux, vendus dans toutes les librairies du monde, il se dit que l’histoire entière de son prochain livre se déroulera aux Etats-Unis. De toute façon « jamais dans un roman international le personnage principal n’habiterait au pied de la cathédrale de Chartres ». 

 

L’auteur narrateur se met alors à nous raconter le livre qu’il a écrit, expliquant et se citant. Il présente Dwayne Koster, professeur de littérature, et son ex-femme Susan, « puisque j’ai remarqué cela dans les romans américains, que le personnage principal, en général, est divorcé ». Dwayne guette les mouvements dans la maison de sa femme dans le froid de sa vieille Dodge Coronet 1969. Il essaye de comprendre pourquoi il a nommé son héros Dwayne Koster, mais en vain : « Je sait seulement qu’un jour de juin, tandis que je regardait la carte des Etats-Unis, accrochée sur le mur de mon bureau est apparu ce nom là, Dwayne Koster … ». Nous découvrirons par la suite comment Dwayne en est arrivé là, par des retours en arrière. Nous apprendrons aussi pourquoi les empereurs envoyaient toujours un messager, la veille de leur arrivée, prévenir qu’ils rentraient : non pour être reçus dignement mais pour être sur de ne trouver personne dans le lit de leur femme.

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L’intérêt du livre tient évidemment assez peu dans l’histoire, banale et remplie de situations déjà vues. Quoique ce soit justement l’un des propos que de montrer qu’écrire un roman international capable de satisfaire à la fois les lectorats américains, indiens, sud-africain, allemand, français, indonésiens et bien d’autres encore, revient souvent à se contenter du plus petit dénominateur commun. L’enfilade de clichés s’appuie ensuite sur une construction moderne, de type scénario de cinéma (le lecteur même peu cinéphile, imagine vite les scènes qui se succèdent). La phrase de fin de chapitre se conclue, souvent par un élément inattendu ouvrant maintes perspectives et accrochant le lecteur pour lui donner envie de poursuivre. Les références à des faits réels (eg la chute des tours du World Trade Center en septembre 2011) voire leur inclusion comme éléments narratifs ancre le roman dans son époque et facilite l’identification du lecteur, tout en minimisant son effort d’imagination, ce qui facilite le plaisir de lecture auquel le plus grand nombre peut prétendre. 

 

Tanguy Viel réussit parfaitement ce livre sur un écrivain racontant son livre. Le ton est juste, bourré d’humour et de second degré, cocasse par son attachement à feindre le sérieux. Jusqu’à la scène finale du pauvre cowboy solitaire ! Jim Sullivan est un personnage réel, musicien et chanteur, disparu en 1975 au bord d’une route du Nouveau Mexique ; sa voiture est intacte, son corps n’a jamais été retrouvé. Certains pensent à un enlèvement crapuleux, d’autres que Jim s’est perdu en se baladant dans le désert ; certains enfin évoquent même un enlèvement par des extraterrestres, ce qui apparaît d’autant plus vraisemblable qu’il avait sorti un disque intitulé U.F.O (OVNI en anglais).

 

Précipitez vous chez votre libraire ou dans votre bibliothèque pour dévorer ce bijou d’écriture. La lecture d’une soirée réussie.

France Inter

 

Ce livre faisait partie de la sélection du Prix du Livre Inter 2013. Il fut défendu avec acharnement par de nombreux jurés. Il aurait sans doute fait un prix consensuel, une sorte de meilleur deuxième. 


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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 11:28

Yves-Ravey---Un-notaire-peu-ordinaire.jpgAlors que le narrateur feuillette avec sa mère l’album de famille, comme tous les soirs d’été, lorsque l’on frappe à la porte ; « Ma mère à longé le couloir et tourné la clé ! son cousin Freddy est apparu sur  le seuil.» Il n’était pas attendu et Madame Rebernak rechigne à le laisser rentrer. Il faut dire que Freddy sort de prison et elle craint que sa fille, Clémence, ne soit en danger. Freddy parti, la mère montre à son fils une photo de classe « J’ai reconnu ma sœur. C’était inscrit en bas à droite […] Ecole maternelle. Grande section. Ma mère a posé son index sur un visage. Elle a dit : C’est elle, c’est la petite Sonia. » 

 

Clémence sort avec Paul le fils du notaire, maître Montussaint, et cette idylle lui convient, le notaire a toujours été si bon avec sa famille. D’ailleurs ne prend-il souvent pas la peine de raccompagner Clémence à la maison à la place de Paul?

En dire plus nuirait sans doute à l’intrigue de ce petit roman. Il paraît simple. Bien construit certes, mais simple. Rien n’est vraiment surprenant dans ces 100 pages écrites en gros caractères. Il n’est pas désagréable à lire ; il passe le temps et serait parfait sous un sycomore lors d’un crépuscule d’été avec une orangeade à portée de main.

 

Il est simple et pourtant des questions subsistent quand même qui titillent la curiosité et pousseraient à consacrer une nouvelle heure à le relire depuis le début pour vérifier si un indice ne permettrait pas de lever ce doute qui s’insinue.

Et puis non.

France Inter

 Ce livre faisait partie de la sélection du Prix du Livre Inter 2013. Peu (vraiment peu) de jurés l'ont apprécié.

 

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 07:38

Olivier-Adam---Les-Lisieres.jpgPaul Steiner se cherche. Récemment séparé de sa femme, Sarah, ses deux enfants, Manon et Clément, qu’il ne voit qu’un week-end sur deux lui manquent énormément. Paul écrit des romans, retouche des scénarios et vit dans le Finistère, trouvant le calme dans les promenades sur les sentiers côtiers, dans les excursions en kayak ou dans les baignades dans l’eau fraîche. Il a quitté la banlieue parisienne et la ville de V. dans la laquelle il a passé son enfance entre la cité et le modeste pavillon familial. Il y retourne une fois l’an, en coup de vent, pour que les petits enfants voient leurs grands-parents, s’y sentant oppressé par un père rigide, qui s’apprête à voter pour le Front National et une mère falote qui n’exprime pas ses sentiments, « petite mère courageuse que la douleur de ses enfants effrayait bien plus que la sienne ». Sa mère qui vient juste de se casser le col du fémur et François, frère avec lequel il ne s’est jamais entendu, lui reprochent son absence et son manque d’intérêt pour la famille ; alors Paul va passer du temps dans cette ville où il fut heureux et rencontrer les êtres qui peuplèrent son adolescence.

 

Il s’agit d’un roman introspectif, dans lequel le héros, exprime à la première personne, ces réflexions sur la société, cheminant entre le présent et ses souvenirs. La narration est datée : elle débute le jour du Tsunami au Japon ; les élections cantonales se préparent dans une France soucieuse «La crise qui ne cessait de s’étendre, la Blonde, les affaires qui se multipliaient, l’obsession musulmane, l’Identité et la Nation, de vieux relents de Travail Famille Patrie ». Paul, conscience de gauche, a toutes les caractéristiques du bobo, à l’exception de ce côté pédant que le terme péjoratif a fini par revêtir. Il regrette la «fierté suspect ou parfois carrément imbécile» d’être d’un lieu, d’une identité régionale, « Une France telle que l’imagine Jean-Pierre Pernaut, attardée et refermée sur elle-même ».

 

La France palpite désormais en périphérie, les centres vidés par un immobilier réservé aux riches et aux sociétés, la vie se déroule désormais dans les banlieues et même dans les cités, marge de la marge, périphérie de la périphérie. Mais ses élites ne veulent ni le voir ni le dire, auto-reproduites dans des systèmes éducatifs dont la complexité et l’excellence étaient autant d’indications aux classes populaires « qu’elles étaient réservés à d’autres dont nous aurions bien peiné à définir l’identité ».

 

Paul reconnaît ne sentir nulle part vraiment chez lui, sans un coin ou affirmer plonger ses racines, encore moins dans la banlieue de son enfance « Et puisqu’il semblait acquis que je n’étais jamais non plus d’ailleurs, j’étais désormais condamné à errer au milieu de nulle part ». Pourtant, le jugement sans appel, ressemble plus à un constat qu’à une amertume. Sa famille, ses amis ou relations d’enfance ne représentent pas un socle rassurant ; avec quelques personnes seulement développe-t-il des affinités électives, avec lesquels il a « en commun d’avoir rompu, ou d’avoir été rompus, d’avoir fait sécession, de nous être extraits de quelque chose, ou d’en avoir été expulsé ».  Il apparaît difficile de se remémorer ces scissions structurantes et « Personne ne sait quand exactement les fissures deviennent des failles, puis se muent en gouffres infranchissables ».

 

Une partie du charme de ce livre réside dans le sentiment d’autobiographie qui emplit le lecteur car, comme l’auteur, le narrateur (‘je’) par exemple est écrivain, a vu un livre adapté au cinéma, a écrit un roman qui se passe à Kyoto. Vraie ou fausse, cette proximité confère une force aux réflexions que n’aurait pas donnée un récit à la troisième personne. Cet écrivain dont un personnage dit « qu’ils n’aidaient nullement les gens, au contraire, ils enfonçaient les plus fragiles, les plus inaptes, ils les confortaient dans leurs humeurs les plus noires, leur maintenaient la tête sous l’eau dans l’étang poisseux de la dépression, la vase verdâtre de la mélancolie ». La citation frappe le lecteur qui se demande d'ailleurs si elle ne s'appliquerait pas précisément à ce livre et son auteur!

 

Bien écrit, dans une langue agréable, construit en allers-retours vers le passé qui ont l’élégance de ne quasiment pas se faire remarquer, exploratoire d’un climat social distendu et d’une société en déliquescence, beaucoup peuvent se reconnaître dans ce livre qui porte une voix contemporaine, à l’écoute de ses sentiments et émotions.

 

Je me demande cependant si l’auteur ne se regarde pas écrire comme d’autres s’écoutent parler et s’il n’y a pas un côté nombriliste dont je conçois qu’il puisse rebuter certains. Cette logorrhée finit par lasser tellement l’auteur narrateur nous plonge sans un moment de répit dans sa vie et dans ses réflexions sans vraiment nous ouvrir à d’autres perspectives. Ce livre ne laissera pas indifférent. On l’aimera ou le rejettera au fond de sa bibliothèque. Dommage, j’avais bien apprécié ‘Le cœur régulier’.

 

France Inter

 

Ce livre faisait partie de la sélection du Prix du Livre Inter 2013. Si quelques jurés l'ont adoré, d'autres, beaucoup plus nombreux, l'ont critiqué avec séverité.

  

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 07:48

Alice-Zeniter---Sombre-dimanche.jpgConstruite par l’arrière grand-père d’Imre, la maison familiale est posée au milieu des rails près de la gare de Budapest. Elle a résisté à toutes les tentatives d’achat par la compagnie des chemins de fers. Construite principalement en bois, aujourd’hui vétuste, elle arbore au fronton le nom de l’aïeul, IMRE MÁNDY.  Ce nom, Imre le porte, à l’instar de son grand-père.

 

Imre est un adolescent un peu timide, qui aimerait prendre un peu son indépendance, imiter sa sœur Ági, qui a pris un appartement en ville pour étudier et qui se sent si libre en dehors, loin des non-dits de la famille. Car dans cette Hongrie contemporaine, les Mándy semblent conserver ce culte du secret formé pendant la dictature communiste. Imre ne parvient pas à comprendre pourquoi son grand-père se soule tous les 2 mai en maudissant les jardiniers, pourquoi son père ne porte pas, comme lui, le prénom traditionnel du premier né et se nomme Pál, pourquoi la mention du passé provoque silences gênés et insultes à Staline. Quand Imre questionne on lui répond que « le petit curieux devient vieux trop tôt ».

 

Alors Imre rêve avec son copain Szolt, un beau gosse qu’il admire un peu, de rencontrer des californiennes, filles perçues comme exubérantes et faciles, de faire éclater cette chape de plomb qui pèse sur la maison ; car s’il est spectateur des départs des voyageurs dont les déchets se retrouvent dans son jardin, son propre horizon demeure inéluctablement proche, borné. Et s’il parvient à trouver un travail finalement plaisant dans un sex-shop, il doit le cacher à sa famille, ne parvenant pas à construire sa propre vie avec bonheur.

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Le silence va pourtant très lentement se fissurer dans ce cercle familial qui erre de jours en jours sans vraiment les vivre, qui n’attend même rien de ce Dieu auquel Pál adresse cette prière en forme de supplication « Oublie nous. Arrête. Laisse tomber ». On ressent le fatalisme désabusé de ceux qui sont revenus de tout, qui ont vécu l’invasion soviétique en novembre 56 et les cinq années de terreur qui suivirent : « Pál compris que si l’année 1956 avait été si longue et si terrible c’est parce qu’elle avait duré jusqu’en 1961».

 

C’est une histoire d’absences, de manques, d’espoirs déçus puis oubliés, de résignations, « sous trop de porches, des gens attendent surs que la vie leur doit quelque chose, quelqu’un, et jamais ça n’arrive ». C’est une lente désagrégation de la volonté, brisée, l’acceptation des évènements sur lesquels l’homme n’aurait pas de prise, la constatation affligée que la vie passe avec ou sans nous « Je croyais quand j’étais jeune qu’en vieillissant on arrivait à la sagesse, mais c’est des conneries. On n’arrive à rien qu’à vieillir. On devient un animal qui pleure. […] Tout ce que je vois c’est que les années ont passé et que les années passées sont des années mortes. »

 

Alice Zeniter écrit une partition sur la douleur du passé et la difficulté d’être ; une partition qui alterne l’espoir conquérant des cuivres et le lamento émouvant, le chant désespéré du pupitre de violoncelles. Alors oui, peut-être, quand une douleur sans limite s’installe une chanteuse pourrait s’avancer sur scène et, dans un pianissimo de l’orchestre, lancer, davantage pour elle que pour le public, impuissant spectateur, « tous les dimanches sont tristes, les larmes sont ma seule boisson, la tristesse est mon seul pain. »

 France-Inter.jpg

 

Ce livre a été élu Prix du Livre Inter 2013 au cinquième tour de scrutin après de longs débats entre les jurés; il n’a pas fait l’unanimité. Si Alice Zeniter possède sur sa dauphine, Marie Ndiaye, l’avantage d’être peu connue, et bénéficiera sans doute davantage de l’écho de ce prix, son roman manque du souffle et de la puissance de Ladivine.

 

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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 07:00

Mons-Kallentoft---Hiver.JPGLorsqu’un conducteur découvre, par une nuit glaciale d’hiver, le corps de Bengt Andersson pendu nu à la haute branche d’un chêne, le poste de police entre en ébullition. Qui a bien pu assassiner celui qu’on surnommer moqueusement, Bengt le ballon, à cause de son embonpoint et des ballons qu’il ramassait pendant les matchs de l’équipe locale ?

 

Cette pendaison et les affreuses blessures du corps font penser au culte des Ases, un très ancien culte viking pratiqué au solstice d’hiver et accompagné de sacrifices animals et parfois humains. Des adeptes ont traversés les âges et officient encore en Suède.

 

Cependant, Malin Fors, l’enquêtrice principale, fait émerger une théorie familiale qui nous plonge dans un clan vivant de petits boulots et de braconnage, sous la domination implacable d’une mère. Rakel Murvall exerce une emprise totale sur Adam, Jakob, Elias, leur épouse et leurs enfants, ils vivent reclus, asociaux.

 

Quel était le lien réel entre Bengt et Maria Murvall, la sœur de cette tribu, violée sadiquement dans une forêt des années auparavant et qui végète aujourd’hui, muette, dans une institution ? Jusqu’à quelle extrémité Joakim et Markus, deux adolescents turbulents, ont-ils harcelé la victime ? Richard Skoglöf et Valkyria adeptes des cultes nordiques, ont-ils sacrifiés Bengt le ballon ? Quel est le secret qui maintien le clan Murvall si soudé ?

 

Le roman répondra, bien sûr, à une partie de ses questions. Ce livre sort-il du lot ? Il fait partie de cette vague d’auteurs nordiques de polars qui, suite au succès de millenium de Stieg Larsson, a envahit les rayons des librairies. La quatrième de couverture nous apprend qu’il est traduit en 8 langues et qu’il rencontre un succès retentissant. Malheureusement, ça ne suffit pas pour en faire un excellent polar. Il se parcourt sans déplaisir certes mais sans cette envie compulsive tourner les pages pour connaître la fin mais sans sauter un seul mot du récit. Le clan, la misère sociale, les fausses pistes, le secret familial, la vie de famille de l’inspectrice principale, les noms suédois très difficiles à mémoriser : tous les ingrédients d’un récit classiques sont réunis, mais justement, c’est trop classique ; la sauce ne se lie pas bien. Quant à la fin du roman, je la trouve bâclée.

 

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 07:16

Benjamin-Pelletier----A-travers-sables-copie-1.JPGLe narrateur, employé d’un groupe hôtelier français, débarque à Djeddah en Arabie Saoudite. Ses prédécesseurs n’ont pas pu supporter la vie dans le royaume et le dernier a fini par se promener nu. Bien sûr, il n’a pu expliquer avec sincérité à son chef, les raisons qui l’ont poussé à postuler à cette place si peu enviée.
 
Le récit prend d’abord une forme très classique ; le narrateur se confronte à la démesure que procurent les dollars du pétrole, au mauvais goût de luxe qui les accompagne parfois, à la compétition entre les chefs locaux qui veulent tous leur hôtel cinq étoiles.

 

Les limites de cette existence surgissent lentement mais avec clarté. L’inanité de cette existence, de cette bulle de vie érigée en plein désert contre toute logique écologique ou simplement humaine, frappe le narrateur ; il perd peu à peu ses repères et se livre à une recherche sur sa propre raison d’être. Du désert aux bords de mer, des routes droites à l’infini aux lampadaires qui éclairent de vides zones à bâtir, jusqu’à un hôtel sans client entretenu pour faire plaisir à son propriétaire, la solitude envahissante finit par obliger le narrateur à une plongée très intime.

 

Benjamin Pelletier propose une écriture d’un très abordable vocabulaire, dont le rythme évolue et suit la descente vers l’introspection. Il y a quelques passages savoureux sur les conséquence d’un trop plein d’argent dans un monde habitué depuis peu au capitalisme flamboyant et pour tout dire aveuglant. Cependant, je ne saurais conseiller cet ouvrage ; il m’a laissé sans grande émotion.

 

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 07:04

Christopher-Fowler--Demons-Intimes.gifCe recueil de nouvelles fantastiques, d’horreur et d’humour, préfacé par l’auteur, s’annonce comme libéré des carcans imposés par le monde de l’édition ; il se déclare libéré des structures traditionnelles ou des progressions narratives que la cible marketing visée requérrait. « J’écris rarement des choses aussi noires que ce qu’offre la réalité » affirme Christopher Fowler dans une pirouette laissant accroire que la réalité dépasse toujours la fiction et enfonçant là une porte ouverte, facilité que justement il proclamait refuser.

 

Dix-sept nouvelles, inégales sans doute, mais souvent portées par une idée originale. On y rencontre notamment un gagnant de la loterie dont le gros lot étonnera, un raconteur d’histoires qui sent son être se dissoudre comme s’il était lui-même une création d’un auteur, un universitaire inventoriant la bibliothèque de Dracula, un immeuble intelligent s’adaptant automatiquement aux besoins des employés.

 

La lecture me laisse un sentiment partagé : bien sûr des thématiques apportent une originalité indéniable, pourtant les promesses de la préface ne sont pas tenues. Le livre ne m’a pas enthousiasmé, il lui manque peut-être de réellement pousser les récits à leur dernière extrémité. J’ai ressenti souvent des histoires inachevées. Dommage.

 

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