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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 08:18

Mon frère a toujours haï les zoos. Un film super-8 tourné par Laurence le montre à Peaugres, juché sur le toit de la volière des perroquets, coupant avec difficulté le grillage, plus résistant que sa faible épaisseur ne l’avait laissé espérer. A 13 ans, ce n’était pas la première action de notre benjamin. Pas un hamster, pas un canari, pas un lapin nain dans la maison n’a longtemps résisté à ses volontés émancipatrices ; Il ne pleurait pas face à l’enfermement des animaux, il entrait en rage comme on entre en scène, avec grandeur, avec fougue avec affectation.

 

Bientôt, avec un groupe d’amis, ses convictions se radicalisèrent et il organisa des raids contre les parcs animaliers, les zoos, les laboratoires médicaux et même des éleveurs de poulets.  Les journaux minimisèrent ces actes les attribuant à des groupuscules variés pour ne pas susciter des vocations en chaîne : végétaliens militants, extrême gauche révolutionnaire, sectes jaïns européanisées. Les safaris en Afrique même ne trouvaient grâce à ses yeux et son équipée violente et destructrice au Parc Kruger lui valut un long séjour en prison ; son corps subit la souffrance des hommes. Sauver les animaux, leur rendre la liberté, les respecter parviendra peut-être à sauver l’Homme, affirmait-il gravement quant on dénigrait son combat. D’un haussement de sourcils il désarmait ceux qui contestaient la nécessité de sauver l’Homme.

 

S’il se mesurait au nombre de bêtes relâchées, le succès de ses mouvements de libération ne se discuterait pas ; cependant combien d’animaux ont survécu, livrés à la nature, environnement hostile et dangereux, incapables de se nourrir, de résister aux maladies et aux intempéries ? Peu sans doute. Il le savait et continuait cependant de découper les cages, sacrifiant, je l’ai compris, les animaux pour le bien de l’humanité, pour éclairer les sombres temps que nous traversions.

 

Aujourd’hui, enfermé dans son corps de tétraplégique, il me demande de le laisser s’envoler, implorant le sort des oiseaux que si souvent il a regardé conquérir l’espace au sortir de leur cage, d’abord gauchement puis avec grâce. J’hésite. Les convictions religieuses de mon enfance ne me troublent pas. Je respecte le choix de mourir autant que celui de vivre. Ce qui me retient, au fond, c’est que j’aime bien flâner dans le zoo et contempler les aras dans la volière.

 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 08:24

Ma nourrice m’a souvent raconté qu’à six ans révolus, je cherchais encore derrière le miroir l’enfant qui mimait mes gestes. Un goûter d’anniversaire, l’humiliation des rires de mes camarades, me firent embrasser la salutaire ignorance publique de l’envers du miroir.  Mais aujourd’hui, à l’orée de la retraite, je ne peux me mirer dans une psyché sans m’adresser à cet être invisible qui me ressemble au point d’avoir vieilli avec moi.

 

Je vis seul ; quelques femmes sont passées comme des comètes, fuyant leurs images renvoyées à l‘infini par les miroirs tapissant les murs du salon ou de la chambre. Elles se sont enfuies sans même avoir eu le temps de remarquer la glace sans tain de la salle de bain, ni de s’habituer à mes monologues, en habit d’air, face à ma coiffeuse.

 

Je me suis passionnément interrogé sur cet au-delà, à portée de mains, sur cette fenêtre entrouverte sur une autre réalité qui se referme dès qu’on lui tourne le dos, sauf à la contempler au travers d’un autre miroir. Je suis persuadé qu’elle me dévoile une part déformée de mon passé et un éclat fugitif du futur.

 

Je me reconnais davantage en celui qui existe dans la psyché que dans le regard des collègues compassionnés ou celui des passants indifférents. Je hais les psychanalystes, que l’on m’oblige à consulter, et leurs joutes intellectuelles avec la traversée du miroir. Que savent-ils de ma réalité ? Se croient-ils dotés d’un bel esprit en me demandant de réfléchir à l’image que le miroir me renvoie ? S’interrogent-ils, ces handicapés de la connaissance, sur l’inconscience de leur conscience ou sur la dissociation perceptive de leur ego ? Heureusement, tout cela va prendre fin ; j’y songe depuis des mois. Ce soir, j’entreprendrai le fabuleux et ineffable voyage à la rencontre de l’ermite du miroir.

 

Si je suis bien accueilli, je ne reviendrai pas.

 

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 08:29

J’ai d’abord songé que ce serait d’une enfantine simplicité, à peine plus compliqué que de gagner au Kiboalo, ce jeu où il faut réussir à envoyer trois cailloux à une distance d’au moins dix pieds dans un petit trou creusé dans la terre.

 

Graver le bruit de la mer sur le baobab cinquantenaire de la place du village, ne m’a d’ailleurs pas demandé plus de trois nuits de réflexion et cinq heures de réalisation. Les anciens approuvèrent avec condescendance, mais j’ai bien senti qu’ils étaient impressionnés.

 

Cueillir la plume de tigre m’a imposé à peine plus d’effort, inutile de m’y attarder. Voler sur un tapis de fourmis exigea, j’en conviens, de mobiliser toute ma connaissance des légendes et de la mythologie. Mais ensuite j’ai volé, volé si longtemps ! J’ai contemplé la mer et le sommet de la montagne comme personne jusqu’ici ne l’avait fait. Quand j’ai raconté ces visions splendides, j’ai surpris le regard brillant d’un ou deux anciens ; les enfants croyaient que je mentais, comme si leur raison pourtant encore balbutiante refusait ce que leurs yeux ne pouvaient nier.

 

Façonner un nuage en forme de rêve de girafe s’avéra paradoxalement beaucoup plus aisé et oserai-je dire plus amusant, que de franchir les chutes du Vacolla en trompe d’éléphant ; je gémissais sous l’effort colossal que ce défi requérait mais l’ennui me gagnait et je faillis m’avouer vaincu au bout de 5 jours plus fastidieux encore que le puisage de l’eau.

 

Le conseil des vieux pensait sûrement que jamais je ne ramènerais le coffre renfermant toutes les feuilles de la forêt ou que je porterais ma vie durant la honte de tout un pays pour avoir échoué à tresser une natte au serpent vert des grottes d’Abromar. Une nouvelle fois cependant le triomphe a embelli ma réputation, que l’on dit désormais reconnue par delà nos frontières Nord et Est.

 

J’approche maintenant du but et ceux dont je porte la confiance se rassemblent et dansent. Je comprends bien sûr, mais je redoute aussi cette réjouissance prématurée et la malchance qu’elle pourrait m’attirer. Il me reste à traverser le Zambèze à dos d’alligator à écailles de sirène. Puis, enfin, ce sera ce qu’aucun homme de notre temps n’a jamais encore imaginé. Je résiste à l’angoisse que cette pensée fait naître; chaque chose en son temps.

 

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 08:27

Le sorcier du village l’a lu hier dans les arabesques laissées par le sang du poulet dans le sable devant sa case. Les dieux avaient parlé par sa bouche : la récolte du sorgho pouvait débuter sous leur regard auspicieux. Voilà 6 jours que les familles du village attendaient cette annonce ! Il avait fallu se cotiser et vendre les réserves de manioc pour offrir les animaux à immoler au sorcier. Il affirme que les dieux s’expriment mieux dans les entrailles d’un bœuf que dans celles d’un mouton, pourtant c’est bien avec notre dernier poulet malingre qu’ils se sont manifestés.

 

Les hommes se reposent, car le soleil déjà haut brûle la peau et ils doivent préserver leurs forces pour la cérémonie festive qui célèbrera la fin de la récolte. J’enfouis mes pieds dans la terre rouge et chaude, cette même terre que ma grand-mère a foulée et sa grand-mère avant elle ; cette terre dont j’enduis le corps de ma fille pour la protéger des piqûres d’insectes. Les gerbes de sorgho s’amoncellent et la douleur cisaille mon dos ; je ne me plains pas, aucune des femmes qui arpentent les champs, courbées jusqu’au sol, ne laisse échapper le moindre gémissement. Que diraient les hommes et les dieux si nous rechignions à l’ancestral honneur de recueillir les épis nourriciers, de les faire sécher puis d’en stocker les grains pour l’année à venir ?

 

Je sais combien la fierté de mon mari se mesure à la quantité de ma récolte. Je ne dois pas la compromettre et ce sentiment apaise les élancements qui me transpercent. Ce soir, quand je serai allongée sur la natte, le corps endolori, mes muscles durcis, il m’honorera de son amour ; il ne s’attardera pas, se forçant à la brièveté, compatissant de ma fatigue et respectueux de mon repos. Il sait que demain après avoir préparé les repas, je devrai retourner récolter le sorgho.

 

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 08:22

Je suis un autre en pleine conscience de moi, ce qui en soi ne saurait se révéler plus compliqué qu’un jeu de lego. Mais ce jeu traduirait-il le je de l’ego ou, paradoxalement, la fonction unificatrice du jeu enfermerait-elle le monde intérieur à l’extérieur de la pensée ?

 

Focalisé sur ma psyché objective dont aucun langage ne peut expliquer l’identité, je contemple mon ça, un travail fractionné et ardu sur moi, recherchant le médiateur introspectif entre la connaissance et la conscience réflexive.

 

Je perçois empiriquement la transcendance de mon autonomie mais aussi, en parallèle, la solitude essentielle de moi, entendu comme sujet pensant, dans mes rapports à autrui me regardant sans indulgence comme objet.

 

Puis je m’endors.


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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 08:13

Aaaahhhhh ! Ce cri venu des profondeurs de mon être résonne longtemps dans cette sombre forêt où je me suis réfugié. Autour de mois règne le calme. La neige légèrement orangée sous l’éclat de la lune rousse ne porte aucune trace. Pas même les miennes. Comment suis-je arrivé sous ces hauts pins qui semblent frémir dans le froid vif ?

 

Je sens le souffle de la brise sur mon torse puis sur l’ensemble de mon corps. Ma nudité dans ces bois inconnus a quelque chose d’incongru. Je me sais frileux, je ne frissonne pourtant pas ; le dois-je à la toison qui me recouvre, moi qui, hier encore, portait une attention extrême à raser avec soin mes jambes de cycliste ? 

 

Je devrais me sentir étonné, surpris, voire effaré par cette inconcevable situation. Ma raison vacille et sombre mais laisse place entière à mes sens qui prennent le contrôle de mon corps. J’hume l’air et le découvre gorgé d’effluves animales ; une renarde en chaleur rode au loin, une odeur de charogne provient de l’est à moins d’un kilomètre probablement. Brusquement je reconnais un homme, une sueur âcre, cachée sous un mélange floral diffus.

 

Mon ventre soudain capte toute mon attention. Mes yeux se posent sur ma bouche. Ai-je déjà pu la contempler ailleurs que dans un miroir ? Avais-je cette dentition proéminente ? Je dois me mettre en chasse. J’ai une faim de loup.


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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 08:22

Je suis semblable à toutes les autres fleurs avec mes rangs de pétales entrelacés et ma tige épineuse qui se courbe sous le vent et qui pourtant déteste ces mouvements d’air. Je ressemble à toutes les autres roses, si belles aux premiers rayons de soleil, encore un peu froissées par le sommeil de la nuit. Comme elles, j’apprécie un peu d’eau fraîche en guise de petit déjeuner.

 

Mais, ce qui me rend différente, ce qui me fait unique, c’est que je suis aimée d’un garçon sensible et à l’air rêveur. Chaque matin depuis que le printemps a envahi mon ciel, il s’assit à quelque distance et me regarde. Le collier de perles de rosée que je porte irise la lumière qui m’enveloppe ; je me sens fière. Parfois le garçon ferme les yeux et inspire lentement comme s’il cherchait à retenir mes fragrances, à les imprimer au cœur de ses souvenirs, comme s’il savait que je devrais bientôt mourir et qu’un souffle de vent, un peu plus fort que les autres, éparpillerait mes pétales.


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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 08:19

Longtemps je me suis levé tôt, persuadé que la fortune me sourirait. J’entreprenais les aventures les plus audacieuses afin de forcer le destin et de m’attirer les grâces divines ; Cependant, mon cœur seul se bonifiait en proportion des difficultés d’argent que je rencontrais, car de fortune, je n’en connus point.

 

Je devins, pour les autres, un homme sage, offrant l’apparent détachement des biens matériels, éduquant mes nombreux enfants dans le saint contentement du dénuement. Je demeurais malgré tout, au fond de moi, convaincu que le ciel m’aiderait si je m’aidais moi-même. Alors, fort de cette maxime, je dérobai le bien de mes contemporains, je chapardai dans les échoppes, je subtilisai les offrandes des pèlerins. Larcins de peu d’envergure, les efforts que je dépensais à m’enrichir immoralement, m’empêchaient d’entreprendre un commerce honorable et de faire tourner la roue de la fortune.

 

Le ciel ne m’aida pourtant pas. Je demeurais pauvre, inexorablement pauvre. L’abondance de biens ne me nuisait pas et l’odeur de l’argent ne dérangeait en rien mon nez plus habitué aux effluves du petit ruisseau qui charriait les eaux usées de la tannerie qu’au souffle pur du vent balayant les grandes rivières.

 

Je me sens vieux maintenant et quand je contemple ma vie, j’y vois une souffrance permanente, une jalousie constante des puissants, une aspiration maladive à posséder et à amasser. A courir après la fortune je m’y suis essoufflé et je ne laisserai à mes proches que le souvenir d’un éternel insatisfait qu’ils moqueront.

 

A votre bon cœur messieurs dames.


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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 08:30

A peine débarqué du 747 flambant neuf, je rencontrai la responsable de l’organisation médicale locale qui me conduisit immédiatement au dispensaire. La piste, ridée comme la peau d’un rhinocéros, secouait le tacot sale et brinquebalant et agressait mes muscles déjà endoloris par les nombreuses heures d’avion. Qu’avais-je besoin de consacrer ma vie à cela, me demandai-je, comme à chaque nouvel appel auquel je répondais pourtant présent ?

 

Le dispensaire, vieille bâtisse alanguie sous les frondaisons d’arbres majestueux, conservait de son ancienne gloire, un porche à colonnes et de hautes fenêtres que des tentures de brocard pourpre avaient jadis dû orner. Les saisons des pluies et l’absence d’entretien l’avaient malheureusement plongé dans une sombre tristesse, les peintures écaillées, les chambres verdies par une mousse envahissante, les dessins sordides sur les murs témoignant, plus encore que cette odeur de pourriture qui flottait, mélangées aux effluves des produits de soins, de la déliquescence du lieu.

 

Les infirmières, s’affairaient, tentant de masquer leur panique derrière une rassurante rigueur. Je parvins bientôt dans une immense pièce (avait-on abattu des cloisons ?), dont les trois rangées de lits impeccablement alignés me rappelèrent les descriptions de ces hôpitaux militaires et je sentis naître une sourde angoisse vrillant mes intestins ; n’avais-je donc rien appris ?

 

La responsable m’indiqua avec gravité que le repas serait servi à dix-huit heures puis s’éloigna. Je l’entendis murmurer : « Que Dieu vous assiste ». Je déposai mon sac de voyage sur une chaise à la douteuse propreté et fis le tour des malades, me présentant, m’enquérant de leur état et de leurs besoins. Je recueillais quelques mots parfois, souvent un gémissement ou des signes de têtes ; une main décharnée se serrait quelquefois sur la mienne.

 

Un vieillard alité ne réagit pas à mes paroles compassionnelles ; je le crû prêt à trépasser, mort peut-être déjà, alors m’agenouillant, je me mis à réciter les premières stances du poème aux défunts par lequel j’avais remplacé la liturgie traditionnelle. Un léger mouvement de l’œil du vieillard ranima mon espoir et je me précipitai près de son visage. Je crois que c’est à cet instant que ma vie bascula.

 

Son regard quasi fixe capta le mien et je ne parvins pas à m’en détacher, contemplant simultanément son passé, mon futur, la beauté de la vie et les triomphes du mal. J’étais plongé dans l’éternité de l’univers. Je ne saurais expliquer ce qui ce passa et pourquoi ma raison admit en son sein une vérité qu’aujourd’hui encore, allongé sur cette paillasse où la prochaine aube me trouvera sans vie, j’oppose à la l’hypothétique possibilité d’une divinité.


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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 08:53

Ma concubine préférée vient de me l’annoncer avec tristesse. Elle ne porte toujours pas mon héritier. Ma lignée s’éteindra-t-elle comme le soleil disparaît chaque soir sous l’horizon ? Moi, empereur d’origine divine, régnant sur tant de peuples, serais-je laissé sans enfant ? Combien de femmes devrais-je épouser pour en rencontrer une féconde ? Je veux combattre cette inacceptable infamie.

 

Mes médecins personnels s’agenouillent, remplis d’une feinte humilité. Avec force circonvolutions et maints détours, je comprends qu’ils accusent la qualité de ma semence impériale. Quels impudents !

 

Ils prescrivent une cure de chocolat qui favorisera la fertilité et renversera le mauvais œil qu’un ennemi m’a jeté - seule explication à mes difficultés. Je me résous à suivre leurs conseils et goûte avec appréhension le breuvage sombre et fumant qu’une esclave –fort belle d’ailleurs- a déposé sur plateau d’or délicatement travaillé.

 

L’amertume, relevé d’un mélange d’épices, agresse mon palais et je manque de recracher. J’ingurgite cependant la totalité de cette potion et, je finis par m’habituer à cette saveur inaccoutumée. J’en redemande une fois, deux fois puis j’en déguste à toute heure du jour.

 

Tant pis pour la descendance.

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