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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 08:05

Marien-Defalvard---Du-temps-qu-on-existait.jpgÇa commence par une secousse, un ébranlement, un cahot sur le chemin par ailleurs égal d’une littérature de consommation rapide. Le style se déploie, ample et généreux, ciselé et coruscant, précieux jusqu’au chichiteux, en de longues phrases tortueuses, en pléthore d’adjectifs.

 

Proust ! Le nom saute à l’esprit après quelques pages. L’entêtante fragrance de cet auteur parfume tout le livre, car au-delà du style, les émotions du narrateur sont détaillées à l’extrême et les descriptions précises, claires et exhaustives. Point d’amphigouri cependant dans ce roman à la perpétuelle recherche du mot juste, de la formule parfaite, du rythme adéquat, de la poésie des phonèmes. Alors oui, Proust s’impose, jusqu’aux orientations sentimentales du narrateur qui lui font écho.

 

Marien Defalvard est âgé de 19 ans quand il publie ce livre. A l’époque des SMS et d’une langue que ni la télévision, ni la radio, fussent-elles de service public, ne parviennent à hisser aux standard d’une académie égrotante (je ne parle pas ici que de vocabulaire, mais de grammaire, de syntaxe, d’anglicisme de pacotille qui sous prétexte de pédanterie cachent une pauvreté d’esprit et un mépris des auditeurs et des téléspectateurs), cet émouleur du français explose et fascine : comment peut-on, à peine adulte, écrire ainsi et déployer ce qui ressemble à un immensurable talent?

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J’ai traversé ce roman comme on randonne en montagne à vaches, passant par des collines et des vallées. Les premières pages emplissent les yeux et on se dit qu’on va vivre une aventure insolite. Rapidement on craint l’exercice de style : des mots jetés sur la page avec la volonté d’en imposer, des figures de style, des allitérations et assonances d’école (… noyait le paysage irisé, crispé, crissé, crissant de bleu clair). Heureusement, les afféteries, servantes accortes de la prétention, s’apaisent, presque comme si le style gagnait en maturité. Plusieurs vallons s’enchaînent où l’ennuie point, séparés heureusement par quelques pics plaisants. Il faut les cent dernières pages pour terminer en beauté.

 

L’histoire semble presque anecdotique : Un enterrement, un mort se raconte, narre les différentes périodes de sa vie en différents lieux : Sacierges Saint-Martin, Lyon, Tours, Strasbourg, Bouloire, etc. Qu’en demeure-t-il quand la dernière page se tourne ? Peu de chose.

 

Si ce n’était le style, qui avait-il alors qu’il n’y a plus, pourrait-on se demander ? Serais-je grand vaticinateur en prédisant à cet auteur un radieux avenir dans les belles Lettres, si toutefois il parvient à se renouveler. Car Proust n’est plus et le plaisir de cette langue tourmentée ne reviendra pas. Si le style fait l’écrivain, l’histoire fait les lecteurs et ces derniers pourraient, en se gobergeant, proclamer que l'unique stylistique recherche est du temps perdu.

 

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Published by Tioufout - dans Livres
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