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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 08:32

khadra-yasmina-ce-que-le-jour-doit-a-la-nuit.gifJe crois me souvenir que ce roman avait suscité parmi les critiques un débat dont ils ont le secret. Etait-ce un grand roman ou une bluette dont l’auteur algérien, auréolé du succès de sa trilogie, aurait couché sur papier sans beaucoup d’effort mais avec la certitude d’en vendre de nombreux exemplaire porté par son nouveau statut ?

 

Autant l’écrire tout de suite, j’ai bien aimé ce livre. Il nous entraîne dans l’Algérie des années 30 jusqu’à l’indépendance. Les parents de Younes perdent dans un incendie criminel, leur champ de blé juste avant la récolte. Ils doivent fuir à Oran pour que le père y loue ses bras et y gagne de quoi faire survivre la famille.

 

L’oncle de Younes tient une pharmacie ; Il est marié avec une Française. Le père de Younes finira par lui confier son fils, constatant qu’il ne peut plus assurer un avenir décent à son garçon. Les problèmes qui commencent à survenir dans l’Oranais conduiront Younes, rebaptisé Jonas pour faire plus chrétien, et sa famille adoptive à déménager dans la campagne. Il y nouera des amitiés fortes et y tombera éperdument amoureux d’une jeune Française, après avoir courtisé sa mère.

 

Au-delà de l’histoire, bien ficelée, c’est un portrait de l’Algérie sous domination française que nous livre Yasmina Khadra (pseudonyme de Mohammed Moulessehoul), du point de vue orignal d’un Arabe élevé dans une famille mixte et naviguant dans un milieu de colons. Ce garçon qui veut devenir écrivain (l’auteur lui-même ?) affronte les tiraillements d’une identité difficile à construire entre culture arabo-musulmano et franco-chrétienne. Il hésite à prendre parti pour un camp, entre la montée du FLN et la radicalisation de ceux qui ne sont pas encore des pieds-noirs.

 

La difficile histoire d’amour qui filigrane la deuxième partie du livre apporte une douceur non dénuée d’une part d’ombre et de renoncement. Ne pas saisir sa chance fait le lit de regrets éternels semble nous murmurer l’auteur.

 

Le thème n’exhale certes pas la même force que la fameuse trilogie (l’attentat, les hirondelles de Kaboul, les sirènes de Bagdad). L’écriture déliée et parfois superbe d’une poésie orientale confère à ce roman un formidable élan.

 

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 08:25

Fouad-Laroui---Une-annee-chez-les-Francais.jpgRentrée scolaire 1969, Casablanca, Maroc. Les américains ont posé les premiers pieds humains sur la lune. Le monde entier le sait ; pas Mehdi. La nouvelle reste inconnue de la campagne reculée qui a abrité sa vie jusqu’à ce mois de septembre.

 

Déposé par son oncle Mokhtar devant le lycée Lyautey avec deux dindons comme cadeaux pour le proviseur, Mehdi bénéficie de la clairvoyance de son instituteur qui a su déceler son intelligence et qui lui a obtenu une bourse. Rien ne l’avait préparé à cette nouvelle culture, à ces morts que l’on honore sur le mur du hall d’entrée, au vin que l’on sert à la cantine, aux citations littéraire d’un surveillant à la carrière théâtrale refoulée.

 

Ce roman de Fouad Laroui, peut-être d’inspiration autobiographique ai-je lu quelque part, rend hommage à la connaissance littéraire, à la cohabitation entre peuples et religions (de Shoshana la lingère juive, au cuisinier marocain, en passant par différentes nationalités étudiant dans ce lycée). Il y a tant à apprendre de l’autre semble-t-il nous dire en racontant le parcours de Mehdi depuis sa première nuit en pyjama rose jusqu’à son intégration dans la famille de Denis Berger. Les mesquineries, la jalousie ne sont cependant jamais bien loin et quand Mehdi n’obtient pas le premier rôle dans la pièce de fin d’année, il réagit comme tout garçon blessé dans son orgueil.

 

Voici donc un roman agréable à lire, sympathique, parfois traversé par des scènes drôles, bon enfant finalement. Pas à lire en priorité mais pas à ignorer non plus. 

 

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 08:23

Garat-anne-marie-on-ne-peut-pas-continuer-comme-ca.jpgVoici un petit opuscule ! Un homme, dans la forêt des Landes (d’où la couleur verte de la couverture ?), découvre une station service à vendre. Son couple est en difficulté et cette bâtisse abandonnée éveille des envies d’ailleurs, de réalisation, de nouvelle vie. Jo, le propriétaire, qui semble y vivre dans un dénuement extrême, le pousse à ne pas procrastiner, l’incite à poursuivre son rêve. Il lui fait même découvrir, dans les bois environnant, un merveilleux vallon dans lequel un chevreuil se promène. Le rêve, bien sûr, prendra une couleur plus sombre et le héros repartira comme il était venu.

 

Ce livre nous parle de nos envies, de la fuite d’un quotidien routinier, de la volonté de s’échapper de sa solitude, de son destin parfois. Le héros, que l’on perçoit citadin, hume les odeurs de la forêt et s’y sent bien. Jo ressemble à un gourou, à un passeur, à un Charon entre la réalité souvent terne et les envies. Jo est la facette que chacun aime à se découvrir dans le miroir, derrière le visage sur lequel les années et les renoncements ont laissé les marques de notre faiblesse.

 

Un petit livre, une nouvelle plutôt, qui en dit plus que nombre de gros romans.
 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 08:19

Hesse thierry demon editions de l'olivierComment moururent Franz et Elena, les grands-parents paternels de Pierre, le narrateur du roman ? Journaliste, grand reporter, Pierre arpente le globe, principalement les régions de conflits (Sierra Leone, Liberia) ou celles frappées par les inondations. Il va partir en Tchétchénie, tenter de retrouver ce qu’ont pu ressentir ses ancêtres.

 

Lev Rotko, le père de Pierre, juif russe ayant fuit l’Ukraine juste avant la mort de Staline, était encore un enfant lorsque ses parents le confièrent à une famille amie, sentant leur vie en danger face à l’avancée des nazis. Marié à une Française, Lev coula une chape de plomb sur son enfance et sa famille. Dix jours avant de se suicider, il se confie à Pierre et lui raconte l’histoire de cette période troublée.

 

Les révélations de son père sont un électrochoc et le narrateur part à la recherche de son démon, de cette part d’incertitude qui hante sa vie. Sa passion pour les inondations ne serait-elle pas issue de la même quête : découvrir comment réagissent les gens lorsque leur vie sont balayées par les éléments ?

 

Le roman possède un souffle qui nous entraîne dans l’histoire de ces 60 dernières années. Je n’ai pu m’empêcher de penser à Zone de Matthias Enard ; mais là où se dernier étalait son érudition d’une seule traite avec un style taillé pour les prix littéraires, Thierry Hesse nous offre un ensemble de petites histoires, non dénuées de réflexions.

 

On y côtoie, par exemple, les juifs d’Ukraine avant les Einsatzgruppen, la mort de Staline, l’organisation locale du parti Communiste, l’attaque des tours jumelles le 11 septembre 2001 et la prise d’otages par des tchétchènes dans un théâtre de Moscou. Pierre entrevoit dans le conflit en Tchétchénie une similarité avec ce que Franz et Elena ont du vivre. Un peuple sous le joug d’un autre, les bombardements aveugles des autorités russes, le fatalisme des habitants.

 

Je vous recommande chaudement ce livre.

 

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 08:32

Michel-houellebecq-la-carte-et-le-territoire.gifPrix Goncourt 2010, critiques dithyrambiques –ce qui est rare pour cet auteur- il ne fallait plus qu’un blogueur et lecteur émérite me le prête pour que je me fasse une opinion.

 

Ce livre foisonne de thèmes et de réflexions. J’en ai perçu certaines en ‘temps-réel’ pendant la lecture, mais c’est en essayant d’en faire un résumé pour cet article que cela me frappe.

 

Jed Martin est un artiste, il y a quelques années il a réalisé une série de photographies de cartes Michelin en travaillant l’éclairage et l’angle de prise de vue ; L’occasion lui a été alors donnée de rencontrer Olga Sheremoyova, jeune Russe responsable d’une partie de la communication de la firme de Clermont-Ferrand, dont il tombe amoureux.

 

Pour sa deuxième exposition, il traîne sa trentaine et sa solitude au milieu de ses toiles qui représentent les métiers d’aujourd’hui (du patron de café à Steve Jobs et Bill Gates discutant du futur de l’informatique en passant par Damien Hirst et Jeff Koons se partageant le marché de l’art. Le succès considérable le met à l’abri de tout problème d’argent. Michel Houellebecq, personnage à part entière du roman, porte-il quelque part de la réussite, grâce à la rédaction du catalogue de l’exposition ? En tout cas, Frédéric Beigbeder, en présentant l’auteur de Plateforme à Jed Martin a permis l’émergence d’une sorte d’amitié entre deux hommes qui se révèlent assez proche. Le commissaire Jasselin sera bien heureux que Jed Martin l’aide à progresser dans son enquête en reconnaissant dans l’atrocité du crime commis et de sa mise en scène une œuvre graphique !

 

La carte serait-elle plus intéressante que le territoire, ie la représentation du réel apporterait-elle davantage de sens que le réel lui-même ? Voici un des nombreux thèmes développés dans ce roman dont la richesse m’apparaît encore plus clairement en feuilletant de nouveau le livre. Que devient un territoire, notamment rural, dans lequel les étrangers et les citadins s’établissent et y implantent les traditions que les autochtones avaient laissé filer : un musée ? Le coming-out de Jean-Pierre Pernaut (le héraut de la télé de proximité qui pourrait passer aujourd’hui pour la représentation ‘officielle’ de la réalité du territoire) et sa fête de nouvel an qui symbolise une société française figée dans ses régions est un moment délectable.

 

Que représente la crémation dans la perspective de l’importance de l’Humain ? Le marché de l’art est-il aussi médiocre et vulgaire que l’argent qui y circule ? Le petit chien, Michou, né sans possibilité de se reproduire est-il un avatar de l’auteur des Particules élémentaires ? La gastronomie doit-elle perdre son âme pour conquérir des marchés ou porter haut les traditions et sincérité d’un terroir ? Quel sentiment envahit le lecteur face aux nombreuses marques qui sont citées dans le roman et en quoi ce sentiment se heurte-t-il à ce que nous ressentons face à leur envahissement de notre champ quotidien ? L’architecture porte-t-elle une vision politique, que sont les utopies devenues ?

 

Un roman intéressant (parfois un peu facile dans sa mise en scène de personnages existant), avec du fond et qui méritera, dans quelques années, une relecture.

 

 

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 08:28

Laurent-Binet---HHhH.jpgEtonnant roman que nous offre Laurent Binet et pas seulement par la grâce de son très original et attractif titre.

 

27 Mai 1942, à Prague, un Tchèque et un Slovaque commettent un attentat contre l’Obergruppenführer Reinhard Heydrich, qui succombera peu après de ses blessures. Cet Heydrich n’est pas un simple dignitaire nazi ; il dirige le Protectorat de Tchéquie annexé par l’Allemagne où il a violemment maté la résistance ; il dirie surtout les Services de Renseignements et la Gestapo ; il est le n°2 des SS (Schutz Staffel) derrière Himmler ; il a enfin conçu la Solution Finale pour l’anéantissement du peuple Juif. Heydrich a été nommé tour à tour « La bête blonde », « le bourreau de Prague », « l’homme le plus dangereux du III Reich » ou HHhH qui signifie Himmlers Hirn heiβt Heydrich : le cerveau d’Himmler se nomme Heydrich.

 

La mission Anthropoïde, que réussissent Gabčik et Kubiš, provoquera l’ire des nazis qui dans un déchaînement de violence se vengeront par des milliers d’exécutions et raseront le village de Lidice. La destruction de ce village cimentera, plus que toute autre horreur, l’opinion mondiale contre le régime nazi.

 

Laurent Binet décrit l’ascension de Heydrich aux plus hauts grades des SS dans le contexte général de l’accession au pouvoir d’Hitler et de la mise en marche de la machine de guerre ; il raconte l’enrôlement des deux hommes qui seront parachutés sur leur territoire natal pour assassiner Heydrich. La surprise du livre réside dans sa structure narrative et dans le style. On est loin des biographies empesées et exhaustives, loin des romans historiques qui inventent les trous que les preuves ne remplissent pas.

 

En plus de 250 courts chapitres, vifs et précis, la vie d’Heydrich et les abominations du régime se mettent en place. L’auteur s’interroge souvent sur ce qu’il peut dire, sur ce qu’il imagine et sur ce qui est avéré, sur le besoin d’apporter des éléments romancés là où l’énorme monceau de faits suffit à dépeindre l’homme et ses atrocités. Ecrit parfois comme on parle (retour en arrière, interrogation sur ce qui a été écrit le chapitre précédent pour le corriger), le livre ne manque pas parfois d’un humour cynique. Le tout donne un livre intéressant, facile à lire et d’une belle inventivité stylistique. Comme une sorte de contrepoint aux atrocités qui sont décrites.

 

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 08:30

Philip Roth exit ghostZuckerman, un écrivain connu vit depuis de nombreuses années à l’écart du monde, dans un coin reculé du Massachusetts. Il revient à New York  pour traiter un problème d’incontinence urinaire consécutive à l’ablation de sa prostate cancéreuse. Il croise à la sortie de l’hôpital la dernière maîtresse d’un auteur (E.I. Lonoff) décédé et oublié de tous mais auquel il voue une admiration sans borne et qu’il a eu le privilège de côtoyer un temps.

 

Mû par l’espoir de guérir, Zuckerman en vient à vouloir échanger sa maison à la campagne contre un appartement dans la Grosse Pomme. La femme du couple qui veut fuir cette ville considérée comme le diable par les islamistes, Jamie, réveille dans le vieil écrivain des pulsions de vies des envies sexuelles qui l’avaient quitté depuis fort longtemps. Ce couple va également le mettre en relation avec un jeune homme qui veut écrire la biographie de Leonoff et révéler au public un secret de famille.

 

Ce roman traite de la vieillesse, du renoncement, de l’inspiration littéraire et de la mise en mots d’une réalité que chacun voit de son prisme, de la biographie qui déforme autant qu’elle découvre. Les critiques ont salué ce livre avec enthousiasme. Pour ma part, je me suis ennuyé, beaucoup ennuyé. Ce n’est pas le niveau d’anglais qui l’a rendu difficile à lire, la langue originale me tire plutôt les livres vers le haut. Je n’ai pas accroché à l’histoire, je ne suis pas rentré dans le livre. J’ai finit par lire en diagonale les derniers chapitres tellement le livre me tombait des mains.

 

Je ne saurai prétendre vous déconseiller, amis lecteurs, ce livre. A chacun de se faire sa propre opinion. Je partage simplement avec vous que je ne l’ai pas apprécié du tout.

 

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 08:24

Raclee-de-Verts---Caryl-Ferey.jpgQu’est-ce qui m’a pris de saisir ce roman à la médiathèque, de le feuilleter et de l’inclure dans ma pile de livres ? Une raison unique : la reconnaissance du nom d’un footballeur, Triantafilos. Yves Triantafilos (originaire de Montbrison, sous préfecture de la Loire) joua quelques années dans la grande équipe de Saint-Etienne (qu’il quitta avant l’épopée de Glasgow). Footballeur, Saint-Etienne, ASSE ; un roman flattant la nostalgie d’une certaine époque : voilà bien les mauvais conseilleurs.

 

Car ce livre ne m’a pas plu, oh non, pas plu du tout ! Qu’on juge déjà de la force du thème. Un homme de la région stéphanoise, fan de l’équipe locale au-delà de toute mesure, se met à trucider des vieilles dames avant les matches. Il perd peu à peu les sens (odorat, goût, ouie, vue, toucher) et fini comme on l’imagine, frappé par ce terrible fléau. Le lecteur perd, quant à lui, peu à peu ses illusions tant l'intrigue ne parvient pas à prendre une quelconque ampleur et tant le style ... non voyons celà au prochain paragraphe.

 

 

Le style est aimablement décrit par l’éditeur comme ‘indépendant, situé entre respect des règles et pétage de plombs’, mais la décision de publier Raclée de Verts devait naturellement se baser sur une appréciation objective de son intérêt littéraire, narratif, ethnologique, symbolique ou financier. A moins que l’éditeur n’eût compté sur une l’attirance nostalgique irréfléchie de certains lecteurs. A mon corps défendant je regrette d’avoir abondé en ce sens.

 

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 08:34

Richard-Powers---The-time-of-our-singing---Le-temps-ou-nou.jpgIl ne faut pas, bien sûr, vous habituer aux éloges mais la tiédeur apparaîtrait hors de propos pour critiquer ce livre. Ce sont près de soixante années des Etats-Unis d’Amérique qui sont passés en revue à travers la vie de deux enfants métis (mulâtres) Joseph et Jonah Strom. Jonah, l’aîné, possède une voie exceptionnelle qui devient ténor après la mue. Joseph, brillant pianiste, accompagne son frère sur scène et se risque même, vers le milieu de sa vie, à pousser sa voie de basse.

 

Les parents de ces deux artistes se sont rencontrés lors d’un concert de Maria Robinson, l’une des premières icônes Noire à se produire sur une scène nationale. Alors que le Mall de Washington, D.C, connait une affluence hors norme, une jeune noire, fan de musique classique et un jeune juif allemand, ayant fuit son pays ravagé par le nazisme, tombent amoureux.

 

Dans cette fin des années 30, il faut se souvenir que l’Amérique considère sa population noire comme des sous-citoyens qui n’ont pas les mêmes droits que les Blancs. Le mariage entre une noire chrétienne et un juif blanc constitue le départ d’une course d’obstacles que nous avons peine à imaginer aujourd’hui. Delia et David Strom décident d’élever leurs enfants ni comme des noirs, ni comme des blancs, mais hors races, comme une génération qui ne s’identifie à aucun groupe ethnique. On verra que ce n’est pas si simple.

 

Richard Powers nous entraîne dans le monde de la musique classique, dans les difficultés à assumer une carrière dans cette musique ‘blanche’ alors que la musique noire émerge et conquiert le pays. Nous assistons à la levée de la contestation noire avec les mouvements armés (les Black Panthers par exemple) dont Ruth, la sœur de Jonah et Joseph, sera une activiste.

 

Le long roman foisonne de découvertes, d’explorations, de descriptions splendides des voix et du chant, des émotions, des sentiments, de la difficulté d’être mulâtre dans une société bipolaire. Le texte anglais est magnifique, loin du vocabulaire et de la syntaxe limités d’une aventure d’Harry Potter ; l’inconvénient de cette richesse tient dans les semaines qu’il m’a fallu pour en venir à bout, mais ce sont maintes soirées de plaisir qu’elle m’a procurées.

 

Un roman que je vous conseille, vous l’aurez compris mais je le réaffirme pour ceux qui ne liraient que la conclusion, vivement.

 

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 08:13

Yves-ravey-cutter.jpgLili et Lucky vivent dans un institut de surveillance et ont réussi à trouver du travail chez les Kaltenmuller, ou leur oncle, Pithiviers, officie comme jardinier.

 

Lucky se confronte tout d’abord, avec réticence, à l’émasculation d’Oswald, le chat du couple, d’un coup de lame d’un cutter.

 

Puis, M Kaltenmuller est retrouvé mort, au volant de sa voiture, dans son garage, asphyxié. S’est-il suicidé ? Le comportement de l’épouse semble bien suspect. Lilli a disparu.

 

Voilà donc Lucky témoin des actions de cette femme et de celles de son oncle et acteur face à l’enquêteur qui flaire la mise en scène du suicide. Dans ce livre Lucky raconte, à la première personne, la confrontation des différents personnages jusqu’à la délivrance finale.

 

En peu de mots, avec une écriture sobre, Yves Ravey met en scène un adolescent brimé, renfermé, naïf, un peu idiot peut être, vouant un amour intense à sa sœur et l’oppose à un monde d’apparences, de sournoiseries, de faux-semblants, de rapports de force.

 

Le scénario apparaît, de loin, tellement banal que c’est prouesse d’en avoir tiré quelque chose d’intéressant ; jugez-en par vous-même : un mari cocu, une femme adultère avec le jardinier, un témoin gênant, un policier à qui on ne la raconte pas.

 

La couleur rouge parsème ce livre ; le sang, bien sûr, du chat, puis celui des coquelicots sur la robe d’Adélaïde Kaltenmuller et les brassées de géraniums. Les instruments tranchant et coupant s’y mêlent dans un face-à-face inconscient : un cutter, une serpette, une tondeuse, un sécateur. On sent que l’auteur a réfléchi, non seulement à la construction de son intrigue mais aussi aux symboles, aux petits cailloux que le petit poucet de lecteur attentif trouvera pour l’emmener au bout du chemin. Petit livre à l’histoire simple mais agréable à lire.

 

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