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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 08:34

Clement-Catherine---Le-voyage-de-Theo.jpgCe livre fête son huitième anniversaire ; pas récent donc … et pas forcément d’une grande originalité, j’y reviendrai.

 

Théo est un jeune adolescent, malade. Sa tante Marthe, l’emmène alors dans un voyage autour de la terre à la rencontre des grandes religions de l’humanité. Il rend compte régulièrement de ses pérégrinations à ses parents et à sa sœur demeurés à Paris. Pendant son voyage, Théo poursuit ses traitements dans des hôpitaux classiques, mais se frotte aussi à des médecines plus traditionnelles.

 

Catherine Clément nous fait découvrir avec pédagogie et synthèse les religions majeures (en les courants de la chrétienté, ceux de l’islam, l’hindouisme, le judaïsme et des religions asiatiques ou africaines). Pas mal fait, facile à lire, mais finalement trop superficiel ; après avoir ferré, voilà que le voyage reprend et laisse le lecteur en plan.

 

Cela ne vous rappelle rien ? Vous souvenez-vous du Monde de Sophie publié en 1991 par Jostein Gaarder. Un père qui livre à sa fille, Sophie Amundsen, le récit des courants philosophiques depuis la Grèce antique dans un formidable voyage épistolaire. Il me souvient d’une plongée dans la pensée de notre civilisation remarquable de clarté et de précision.

 

Le roman de Catherine Clément reprend la même ficelle du voyage initiatique ; si elle partage le même objectif que le romancier norvégien, elle se révèle plus modeste dans son parcours. Elle fait aussi un usage inutile du mélodrame, plombant le roman (en voulant lui donner un fil conducteur) d’une mièvrerie qui culmine dans une fin tellement prévisible qu’elle conduirait à sourire si elle ne désespérait pas. Il reste cependant le survol des grandes religions, accessible à tout un chacun, et rien que pour cela, le livre mérite un peu d’attention.
 

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 08:32

Sophocle---Antigone.jpgSophocle, des millénaires avant notre ère aurait tout inventé et depuis, les dramaturges de tous les pays et de toutes les époques se contenteraient de transposer les idées et les trames narratives des tragédies grecques. Qu’on en juge !

 

Créon règne sur Thèbes depuis l’exil d’Œdipe. Etéocle et Polynice, fils d’Œdipe, se sont entretués ; Polynice. Créon accorde la sépulture au premier mais la refuse au second, abandonnant son corps au soleil et à la poussière et interdisant ses funérailles ; Ismène et Antigone se révoltent contre ce décret, mais seule Antigone ira jusqu’au bout de sa décision, recouvrira de terre le corps de son frère et affrontera son oncle. Créon, ne voulant renoncer à la loi de la cité, condamne sa nièce à mort. Hémon, fils de Créon, et amoureux d’Antigone, ne supportera pas cette décision et se laissera enfermé avec sa bien aimée. Lorsque Créon l’apprendra il ne pourra que constater la mort de son enfant.

 

Si cette tragédie a indéniablement vieilli dans sa forme, les thèmes abordés restent d’actualité et si je n’avais peur de paraître emphatique, éternels ajouterais-je. Comment conduire la politique de la cité ? Comment doit-on exercer le pouvoir ? Faut-il sacrifier la loi morale à la loi écrite ? Doit-on appliquer les lois en sachant qu’elles s’opposent au bon sens et au sens commun de la justice ?
 

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 08:28

Voltaire-L-affaire-Calas.jpgVoltaire expose dans ce livre son opinion sur l’une des affaires judiciaire les plus célèbres du XVIII ième siècle. Le 13 octobre 1761, Jean Calas, un marchand Toulousain, découvre un de ses fils, Marc-Antoine, étranglé rue des Filatiers.

 

L’enquête est menée par un Capitoul, David de Beaudrigue ; il interroge Jean Calas, son épouse, Pierre, un autre fils, et Gaubert de Lavaisse invité de la famille la soirée de l’évènement. Il apprend bientôt que pour éviter le déshonneur, la famille a découvert le fils pendu et, pour éviter le déshonneur d’un suicide, a tenté de faire croire à un meurtre. L’enquête aurait pu s’arrêter là mais Jean Calas est Protestant et Marc-Antoine aurait voulu se convertir au catholicisme : on attribue au père l’assassinat de son fils. Jean Calas avouera son crime sous la torture mais se rétractera ensuite. Jean Calas sera condamné à mort le 9 mars 1762 par le Parlement de Toulouse.

 

L’enquête de Voltaire éclaire les faits d’une toute autre lumière et démontre les incohérences de l’enquête. Il fait appel à l’opinion publique, il publie des textes ; il prend contact avec les personnages influents du moment et tente de les gagner à sa cause.

 

En 1763, la veuve de Jean Calas monte à Paris plaider sa cause auprès de la cour.  Grâce à l’activisme de Voltaire elle finira par avoir gain de cause ; son mari sera réhabilité et l’enquêteur, David de Beaudrigue, sera destitué.

Ce livre montre comment un esprit libre, animé par l’amour de la vérité et soutenu par une intégrité sans limite, peut influer sur le cours de la justice et plus généralement sur le cours du monde.

 

Un exemple à méditer par tous les journalistes de notre siècle.

 

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 08:34

Déjà un an et une quarantaine d'heures. Déjà un an que mon père est décédé, qu’un coup de téléphone attendu et redouté, nous a jeté dans l’après et que le présent a cédé à l’imparfait.

 

Les années passent et ne se ressemblent guère. Un filleul grandit et souffle dans les rires le passage tant attendu et devient ‘un grand’ ; la mémoire d’un père ou d’un proche hante ceux qui autour d’une superbe glace entonnent le traditionnel Bon Anniversaire -sans sacrifier à l’inutile mode du Happy Birthday- avec une ferveur trahie peut-être par un sourire plus crispé ou par un regard plus humide que d’habitude.

 

Le temps ne guérit pas la douleur ; les mois ne comblent pas le vide ; les années ne remplacent pas l’absence. Le souvenir de mon père traverse chacune de mes journées depuis sa mort. Pas une seule fois Morphée ne m’a tendu les bras sans que une image, un son, un lieu ou une odeur n’ait, depuis le matin, ressuscité sa présence.

 

Bien sûr, en apparence, la blessure semble avoir cicatrisé grâce au baume d’un Chronos miséricordieux. On évite d’en parler comme pour ne pas réveiller le chagrin ; on fait parfois semblant ; dans la vérité d’une conscience intacte on sait cependant que le manque survit à la succession des jours.

 

Je vous invite à relire ce que j’avais alors écrit : Du fils au père.

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 08:07

Carlos-Ruiz-Zafon---L-Ombre-du-vent.jpgLa couverture de l’édition de poche, citant le magazine Lire, m’avait pourtant averti « S vous avez le malheur de lire les trois premières pages de ce roman vous n’avez plus aucune chance de lui échapper ». Je me croyais plus fort, en lecteur infatigable sûr de mes prérogatives et conscient de mes droits, certain de ma force de caractère.

 

Pourtant, au bout de trois pages, comme ensorcelé, je cédai à l’immatérielle injonction et le livre m’emmena dans un voyage dont le plaisir, je n’en doute pas, m’habitera longtemps.

 

Comment décrire ce foisonnant roman, sans en dévoiler le charme ni en gâcher la lecture ? Daniel Sempere, barcelonais de 10 ans, entre dans le cimetière des Livres Oubliés, accompagné par son père, qui va l’initier à un rituel se perpétuant au travers des générations. Le garçon doit adopter un livre parmi les centaines de milliers de volumes oubliés des hommes et garnissant les étagères de cette improbable bibliothèque. Il se sent attiré par l'Ombre du vent de Julian Carax, auteur inconnu, dont le livre va bouleverser sa vie.

 

Bien des années plus tard, au crépuscule de sa vie, Daniel raconte cette histoire, qui nous est offerte à lire aujourd’hui.

 

Dans la Barcelone Franquiste de l’après guerre, dans ces heures sombres où l’Espagne se morfond, l’Ombre du vent va passionner Daniel et l’entraîner à la recherche des autres écrits de Julien Carax, enquêtant sur la vie de l’écrivain. Il y découvre que tous les exemplaires du livre ont été achetés par un inconnu qui les a ensuite brûlé.  La quête de l’auteur inconnu s’entrelace sur plusieurs années avec la vie de l’adolescent.

 

Du mystère, une petite dose de fantastique, des descriptions fouillées de la capitale catalane, une structure littéraire parfaitement maîtrisée soutenue par un style très agréable (je ne connais pas la version originale mais il semble que la traduction soit efficace !) : laissez vous emporter par l’Ombre du vent.

 

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 08:16

Le dictionnaire Gaga est désormais disponible pour la lettre P : De pampille à Piquerle, voici quelques nouveaux mots du langage stéphanois.



La langue est vivante. Ce dictionnaire est le fruit de ma mémoire. Vos commentaires et vos propositions d'autres mots sont les bienvenus.

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 08:22

jean-marie-blas-de-robles---la-montagne-de-minuit.pngAprès le succès de son volumineux roman ‘Là où les tigres sont chez eux’, l’auteur nous propose un petit texte (environ 160 pages) assez savoureux.

 

Rose Sévère, chercheuse à la maison de l’Orient, vient d’emménager, avec son enfant Paul, dans un appartement de Lyon. Elle fait la connaissance de son voisin, Bastien Lhermine, gardien d’un collège Jésuite. Malgré des avertissements d’autres locataires, elle se prend d’affection pour cet homme à l’aube de la retraite, passionné par le Tibet et le lamaïsme mais qui ne s’est jamais rendu dans ce pays ; il se contente de dessiner des Mandalas dans son salon et de vivre dans le dénuement. Poussée par une impulsion qu’elle ne s’explique pas, elle achète deux billets et offre au vieux gardien le voyage à Lhassa ; Avec la masse imposante du Potala en arrière plan, les histoires des deux personnages vont alors se révéler.

 

L’auteur enchevêtre élégamment la narration de Paul le fils et les commentaires de Rose sur le récit de ces évènements. La lecture est agréable et on peine à s’abandonner à Morphée !

 

Mais le cœur du récit réside dans les relations que Rose et Bastien entretiennent avec la vérité historique, avec leurs mensonges. C’est aussi une discussion sur les relations supposées entre l’Allemagne nazie et la philosophie tibétaine, entre Hitler et le Dalaï-Lama, entre des moines à Berlin et la recherche d’une force occulte surpuissante. Allez faire une recherche sur internet à propos de ces liens et vous trouverez une somme d’information impressionnante … mais vous restera à distinguer le vrai du faux !

 

Un reproche tout de même : le roman aurait pu traiter différemment cette annexe qui malgré une pirouette de narration se coupe du reste du livre.

 

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 08:14

Développons ensemble l’esprit d’équipe clame fièrement la  Société Générale dans son dernier spot de publicité télévisée ; une équipe de rugby solidaire d’un joueur blessé, un groupe de pompiers manifestement épuisés, un homme qui réconforte sa femme qui apprend une mauvaise nouvelle, des salariés dont le patron jubile à ce qu’on lui dit au téléphone, un orchestre et son chef, une manifestation, des jeunes qui s’éclatent dans une fontaine !

 

Tout y est ; tous les clichés, tous les poncifs avec ce qu’il faut de joie, de douleur, de drame, et de solidarité.

 

Mais la banque peut-elle nous faire accroire qu’elle forme une équipe avec ces clients ? La Société Générale est avant tout une société commerciale dont la finalité s’appelle le profit. Rien d’honteux à cela, mais rien de philanthropique non plus. A moins que l’esprit d’équipe ce ne soit le petit groupe des traders qui se partagent des centaines de millions d’euros gagnés en spéculant avec l’argent des clients (pardon, de l’équipe) ?

 

Cette publicité me semble aussi ridicule que si l’abbé Pierre avait vanté les gratte-ciels de Bouygues ou si Mère Thérésa avait posé pour les tailleurs Chanel ou si encore Ghandi avait prêté son image pour augmenter les ventes de fusils.

 

Un peu comme si cette banque avait plutôt en tête l’esprit des quiches qu’elle voudrait que nous soyons?

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 08:22

Eric-Emmanuel-Schmitt---Milarepa.jpgUn homme rêve chaque nuit de longs chemins pierreux, de vent et de haine. Une mystérieuse femme rencontrée dans un café lui offre une interprétation ; il serait la réincarnation de l’oncle de Milarepa, un ermite tibétain. Il haïssait son neveu.

 

Ce petit conte met en scène le réel et l’imaginaire aux frontières floues et poreuses. L’entremêlement des diverses voix qui se font entendre renforce la réflexion sur les sentiments, sur la connaissance de soi à laquelle aspire le moine tibétain.

 

Un précis de réflexion sur le Tibet publié en 1997 qui préfigure ceux sur le soufisme (Monsieur Ibrahim et les Fleurs de Coran), le judaïsme (l’enfant de Noé) et le christianisme (Oscar et la dame en rose).

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 08:28

Laferriere-denis-l-enigme-du-retour.jpgDenis Laferrière, écrivain Haïtien, nous raconte le retour au pays natal d’un exilé. Il part sur les traces de son enfance, à la recherche de ses racines, revivant le parcours de son père, exilé lui aussi, ayant abandonné femmes et enfants. Ce père absent n’ayant jamais remis les pieds en Haïti.

 

Ce livre peut-il être considéré comme un roman ? Sans doute car il raconte une histoire romancée. Mais c’est aussi un long poème en prose, parfois formaté comme nous en avons l’habitude, parfois en paragraphe classique.

 

Il se dégage une atmosphère de nostalgie et d’interrogations sur le pays laissé, abandonné. Le roman poétique dépeint les sentiments de celui qui a fuit pour un monde de cocagne et qui retrouve la misère, la faim, l’oppression politique. Entre satisfaction de sa propre vie et culpabilité d’avoir laissé sa famille et ses amis affronter les difficultés, le personnage principal se débat et nous livre ses doutes dans un clair obscur plein de subtilité et d’émotion.

 

Devra-t-il convaincre son neveu à renier son pays et à, comme lui, préférer l’exil, et le changement de vie. Qu’attendre de la vie quand la réussite économique est érigée en objectif d’autant plus haut que la situation du pays est difficile ? Qu’attendre de la vie quand la liberté de parole (n’est-ce pas le fondement de l’homme sans lequel il redevient un animal?) se couche devant les milices ?

 

Magnifique livre hommage à un pays martyrisé par une nature moins impitoyable que révélatrice de la cupidité et de la prévarication des hommes.

 

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