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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 08:17

cadence-stephane-velut.gifCadence a obtenu une bonne critique de Télérama si ma mémoire ne me trahit pas et je l’avais noté comme livre et auteur à découvrir.

 

C’est peu de d’écrire que le livre est étrange !

 

Un peintre, dans l’Allemagne de 1933, au 18 de la Betrachtungstrasse, prend une commande du régime hitlérien pour représenter la jeunesse allemande. Le gouvernement lui met à disposition une modèle, à l’age indéfini mais qu’on devine une jeune adolescente. Cette jeune fille vient habiter chez le peintre.

 

Les ambitions du peintre prennent rapidement une tournure différente et il va se servir de ce modèle pour assouvir son fantasme ; il va en faire sa poupée. Il fait réaliser par son ami Werner Troost, spécialiste en matériel orthopédique, une gangue de cuir et de métal qui enveloppera complètement le corps de sa poupée et cliquettera lorsqu’elle se déplacera. Il la pendra au plafond grâce à un crochet fixé dans le dos ou il la fixera au mur via un crochet fixé sur la poitrine. D’abord avec l’aide de la concierge, Felice, puis seule, la jeune fille enfilera chaque matin son corset, jusqu’à atrophier ses muscles et ne plus pouvoir se mouvoir sans lui.

 

Il rencontrera, Dora, dont on apprendra qu’elle est la mère de l’adolescente, elle-même appareillée et qu’il finira par … non vous le découvrirez vous-même.

 

Ce livre se veut le journal du peintre écrit en attendant que les autorités viennent l’arrêter. Le lecteur se plonge dans son esprit névrosé du peintre jusqu’au haut le cœur, jusqu’au dégoût, dans la peau d’un voyeur qui contemple impuissant la dégénérescence d’un homme et la torture d’une fille.


L’écriture, vive, témoigne d’un style réfléchi et maîtrisé, mise au service d’une atmosphère romanesque pesante, glauque et malsaine. Par certains aspects, il m’a rappelé le héros des Bienveillantes de Jonathan Littell. La plongée dans les méandres de ce quasi huis clos fascine et dérange, mais ne laisse pas indifférent et rien que pour cela, ce livre mérite le détour.

 

Face à un tel roman il apparaît facile d’y voir allégories et symboles. Le peintre symboliserait-il une certaine forme d’art dont l’aboutissement est l’assouvissement des fantasmes de l’artiste. L’enfermement de la jeune fille dans un carcan dont jouit le peintre serait-il l’allégorie des camps de concentrations mélangeant sadisme et fascination chez les geôliers ? L’artiste serait-il seul conscient en face de la masse de la population mais finirait absorbée par elle, son pouvoir de résistance cédant ?

 

Le peintre, initialement très critique envers le régime nazi, va petit à petit et, semble-t-il, malgré lui, y adhérer, d’abord avec désolation puis avec enthousiasme. Pour symboliser cette mutation, l’auteur recourt à la transformation animale que subissent l’artiste et ses compatriotes. Seulement, ce procédé a déjà été utilisé par Franz Kafka (La métamorphose) ou par Eugène Ionesco (Rhinocéros) ; Stéphane Velut n’est pas encore de la trempe de ces auteurs et il ne renouvelle pas le genre. Il laisse juste une impression de redite.

 

Je ne résiste pas à vous faire partager ce qui est écrit en préambule : Stéphane Velut « affectionne la lettre K, les villes désertes le dimanche. Et il écrit la nuit. » L’auteur n’est pas comme nous : il aime une lettre, le K (pour Kafka, K-danse ou en hommage à Dino Buzzati ?) . On imagine l’écrivain arpentant une ville morte, le dimanche soir. Le monde dort pendant que l’auteur, mu par un besoin irrépressible de coucher sur papier ses réflexions. Avant même que le roman ne commence, le lecteur sait qu’il va côtoyer l’exceptionnel, le fantastique. Chacun jugera si le livre tient cette promesse.

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Published by Tioufout - dans Livres
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commentaires

Cacoune 20/03/2010 09:27


Je commencerai pas Kafka ou Ionesco alors. Ou pas...
Enfin pas tout de suite en tout cas.