Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

Langage Stéphanois

Archives

Pages

24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 07:38

Olivier-Adam---Les-Lisieres.jpgPaul Steiner se cherche. Récemment séparé de sa femme, Sarah, ses deux enfants, Manon et Clément, qu’il ne voit qu’un week-end sur deux lui manquent énormément. Paul écrit des romans, retouche des scénarios et vit dans le Finistère, trouvant le calme dans les promenades sur les sentiers côtiers, dans les excursions en kayak ou dans les baignades dans l’eau fraîche. Il a quitté la banlieue parisienne et la ville de V. dans la laquelle il a passé son enfance entre la cité et le modeste pavillon familial. Il y retourne une fois l’an, en coup de vent, pour que les petits enfants voient leurs grands-parents, s’y sentant oppressé par un père rigide, qui s’apprête à voter pour le Front National et une mère falote qui n’exprime pas ses sentiments, « petite mère courageuse que la douleur de ses enfants effrayait bien plus que la sienne ». Sa mère qui vient juste de se casser le col du fémur et François, frère avec lequel il ne s’est jamais entendu, lui reprochent son absence et son manque d’intérêt pour la famille ; alors Paul va passer du temps dans cette ville où il fut heureux et rencontrer les êtres qui peuplèrent son adolescence.

 

Il s’agit d’un roman introspectif, dans lequel le héros, exprime à la première personne, ces réflexions sur la société, cheminant entre le présent et ses souvenirs. La narration est datée : elle débute le jour du Tsunami au Japon ; les élections cantonales se préparent dans une France soucieuse «La crise qui ne cessait de s’étendre, la Blonde, les affaires qui se multipliaient, l’obsession musulmane, l’Identité et la Nation, de vieux relents de Travail Famille Patrie ». Paul, conscience de gauche, a toutes les caractéristiques du bobo, à l’exception de ce côté pédant que le terme péjoratif a fini par revêtir. Il regrette la «fierté suspect ou parfois carrément imbécile» d’être d’un lieu, d’une identité régionale, « Une France telle que l’imagine Jean-Pierre Pernaut, attardée et refermée sur elle-même ».

 

La France palpite désormais en périphérie, les centres vidés par un immobilier réservé aux riches et aux sociétés, la vie se déroule désormais dans les banlieues et même dans les cités, marge de la marge, périphérie de la périphérie. Mais ses élites ne veulent ni le voir ni le dire, auto-reproduites dans des systèmes éducatifs dont la complexité et l’excellence étaient autant d’indications aux classes populaires « qu’elles étaient réservés à d’autres dont nous aurions bien peiné à définir l’identité ».

 

Paul reconnaît ne sentir nulle part vraiment chez lui, sans un coin ou affirmer plonger ses racines, encore moins dans la banlieue de son enfance « Et puisqu’il semblait acquis que je n’étais jamais non plus d’ailleurs, j’étais désormais condamné à errer au milieu de nulle part ». Pourtant, le jugement sans appel, ressemble plus à un constat qu’à une amertume. Sa famille, ses amis ou relations d’enfance ne représentent pas un socle rassurant ; avec quelques personnes seulement développe-t-il des affinités électives, avec lesquels il a « en commun d’avoir rompu, ou d’avoir été rompus, d’avoir fait sécession, de nous être extraits de quelque chose, ou d’en avoir été expulsé ».  Il apparaît difficile de se remémorer ces scissions structurantes et « Personne ne sait quand exactement les fissures deviennent des failles, puis se muent en gouffres infranchissables ».

 

Une partie du charme de ce livre réside dans le sentiment d’autobiographie qui emplit le lecteur car, comme l’auteur, le narrateur (‘je’) par exemple est écrivain, a vu un livre adapté au cinéma, a écrit un roman qui se passe à Kyoto. Vraie ou fausse, cette proximité confère une force aux réflexions que n’aurait pas donnée un récit à la troisième personne. Cet écrivain dont un personnage dit « qu’ils n’aidaient nullement les gens, au contraire, ils enfonçaient les plus fragiles, les plus inaptes, ils les confortaient dans leurs humeurs les plus noires, leur maintenaient la tête sous l’eau dans l’étang poisseux de la dépression, la vase verdâtre de la mélancolie ». La citation frappe le lecteur qui se demande d'ailleurs si elle ne s'appliquerait pas précisément à ce livre et son auteur!

 

Bien écrit, dans une langue agréable, construit en allers-retours vers le passé qui ont l’élégance de ne quasiment pas se faire remarquer, exploratoire d’un climat social distendu et d’une société en déliquescence, beaucoup peuvent se reconnaître dans ce livre qui porte une voix contemporaine, à l’écoute de ses sentiments et émotions.

 

Je me demande cependant si l’auteur ne se regarde pas écrire comme d’autres s’écoutent parler et s’il n’y a pas un côté nombriliste dont je conçois qu’il puisse rebuter certains. Cette logorrhée finit par lasser tellement l’auteur narrateur nous plonge sans un moment de répit dans sa vie et dans ses réflexions sans vraiment nous ouvrir à d’autres perspectives. Ce livre ne laissera pas indifférent. On l’aimera ou le rejettera au fond de sa bibliothèque. Dommage, j’avais bien apprécié ‘Le cœur régulier’.

 

France Inter

 

Ce livre faisait partie de la sélection du Prix du Livre Inter 2013. Si quelques jurés l'ont adoré, d'autres, beaucoup plus nombreux, l'ont critiqué avec séverité.

  

Cliquer ici pour consulter les autres livres / auteurs de ce blog

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Tioufout - dans Livres
commenter cet article

commentaires