Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

Langage Stéphanois

Archives

Pages

17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 07:20

 

 

Antonio-Munoz-Molina---Dans-la-grande-nuit-des-temps.jpgEn 1936, Ignacio Abel croit entendre son nom murmuré alors qu’il marche dans la gare de Pennsylvanie, à New York, presque arrivé au terme du long voyage qu’il a entrepris depuis Madrid, attendant de prendre le train pour Rhineberg, où il espère que quelqu’un sera venu l’accueillir. La guerre civile espagnole est en marche, les rebelles s’avancent à quelques jours de la capitale et il ignore, depuis plusieurs mois, le sort de sa femme et ses deux enfants, Miguel et Lita, abandonnés de l’autre côté des lignes d’offensives, séparés par des transports madrilènes qui ne desservent plus le village où ils se sont réfugiés.

 

Il se souvient de l’année écoulée, décortiquant l’avancée du chantier qu’il dirige, lui le fils d’un maçon et d’un concierge, devenu bourgeois par la grâce d’un diplôme dont l’obtention a requis tant d’efforts soutenus et d’un mariage avec la fille d’une vieille famille aisée. Il se remémore avec précision la naissance de sa passion pour Judith Biely, une américaine venue s’imprégner de la culture européenne et tombée amoureuse de l’espagnole, les lieux qui l’ont abritée et les sentiments qu’elle a suscités.

 

Dans un style très littéraire l’auteur détaille, dissèque, rend compte, témoigne autant de la subtilité de profondeur des ombres ou des couleurs que de ce que chacun des personnages éprouve. Ce roman m’a fait penser à Proust pour la méticulosité des descriptions et l’exploration des caractères et il faut ici rendre hommage au traducteur, Philippe Bataillon, dont la qualité du travail confère une densité précieuse à l’ensemble de cet imposant roman. Imposant, sans nul doute, par le nombre de pages qui s’élève à 750 dans lesquelles les dialogues, souvent source de respiration, n’occupent que la portion congrue, mais également par la construction en retours en arrière imbriqués qui cependant ne perdent jamais le lecteur par d’inutiles arabesques.

Logo Aime2

Les lecteurs non spécialistes de la guerre civile espagnole, au nombre desquels je ne crains pas de me compter, pourront éprouver une certaine distanciation vis-à-vis des références aux partis, aux intellectuels et plus généralement aux acteurs de ce bouleversant épisode dont l’auteur tient, probablement avec raison, la connaissance pour acquise par son primo lectorat , et qui, bien que certes très brièvement biographiés en annexe, requerraient pour une mise en perspective une étude plus poussée (je recommande d’ailleurs, avant de commencer la lecture, de consulter une synthèse de cette guerre). Néanmoins, l’intérêt et le cœur du récit ne sont pas altérés par l’ignorance du lecteur.

 

Ce roman nécessite une bonne capacité de lecture, le plaisir d’une narration fouillée et non linéaire ainsi que le bonheur d’un récit riche et complexe et, si vous vous reconnaissez, vous trouverez peut-être que ‘Dans la grande nuit des temps’ peut se ranger au panthéon du dernier lustre.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Tioufout - dans Livres
commenter cet article

commentaires

Ostinato 14/10/2013 17:33

Je viens de finir ce livre et tu as parfaitement résumé ce que j'en pensais, tout comme toi j'aurai aimé avoir plus d'informations sur le contexte en début de lecture même si il est précisé par la
suite. Un vrai roman "fleuve" que j'ai été heureuse de lire !