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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 09:00

  « Zone est une livre écrit pour obtenir un prix littéraire » disais-je autour de moi après avoir lu ce pavé de Mathias Enard. Il vient, de fait, d’être couronné par le prix du Livre Inter 2009.

Pourquoi donc un livre à prix ? Parce que Mathias Enard, avec Zone, est encensé par la critique littéraire institutionnelle ? Non, parce que ce livre se définit d’abord et avant tout par un style très particulier, réfléchi et voulu: Il jette sur papier les réflexions de Francis, héros et narrateur du livre, en voyage dans un train à destination de Rome, avec une mallette. Ses pensées se bousculent et s’entrecroisent, rendue par des phrases sans un seul point, comme pour rendre le fil d’une pensée qui n’est évidemment pas prisonnière de la ponctuation standard.

D’aucuns ont dit que le livre était constitué d’une seule phrase de plus de cinq cent pages. C’est faux. Il y a de petits chapitres où l’auteur cite un ouvrage qu’il est en train de lire sur la guerre du Liban en 1982 et ces chapitres comportent une ponctuation standard.

Cependant, l’absence de point rend d’abord la lecture difficile. Pas de possibilité de se reposer. Pas de point d’ancrage. Parfois le sens de la phrase en pâtit - il me fallait alors reprendre en arrière. La lecture fatigue jusqu’au moment où le cerveau s’habitue et s’approprie cette logorrhée comme la sienne. Etait-ce nécessaire ou seulement une figure de style destinée à remporter les votes des jurés ? Le livre possède suffisamment de densité pour que je juge ce style superflu.

Francis Servain Mirkovic est un agent secret, qui a participé à de nombreuses guerres, à des massacres, à des génocides, du bassin méditerranéen (Liban Yougoslavie, Algérie, …), sa zone d’action.  Il a rassemblé des fiches sur tous les acteurs de ces conflits et sa mallette en est pleine. Voulant en finir avec cette vie de secret et d’espionnage, il s’en va les vendre à un émissaire du Vatican qui lui en a proposé un bon prix. 

Les guerres défilent avec leurs cohortes de haines, de rancœur, de représailles, de vengeances. Les conflits répondent aux conflits avec une érudition dont Mathias Enard n’est pas avare. Le lecteur assiste impuissant au déferlement de violence et plonge, s’immerge, avec le narrateur dans les sombres tréfonds de la politique ou, plus simplement, de l’âme humaine. Cette impression se renforce du caractère autobiographique que le style confère au livre.

Les femmes ne sont pas absentes du roman. Intissar, l’héroïne palestinienne du roman qu’il lit, la russe Sashka qu’il doit retrouver à Rome, Stéphanie sa collègue ou Marianne. Leurs apparitions dans le roman renforcent par contraposée la pesanteur des violences et des erreurs des hommes répétées depuis l’Antiquité.

Au-delà du style, le livre intéressera ceux que l’histoire contemporaine de Notre Mer (Mare Nostrum) méditerranée ne laisse pas indifférents, ou qui se passionnent pour les conflits du siècle passé. A part ceux là, je ne le conseille qu’aux bons lecteurs (ils se reconnaîtront) où à ceux qui n’ont pas été rebutés par Les Bienveillantes de Jonathan Littel.

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Published by Tioufout - dans Livres
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Tioufout 15/12/2009 22:06


6 mois se sont écoulés. Ce livre n'est pas dans mon palmarès 2009, mais il prend de l'épaisseur et de la densité. C'est sans nul doute un bon livre; je n'ai juste pas pris beaucoup de plaisir à le
lire.


sylvie 14/12/2009 11:54


J'ai aimé ce livre, je l'ai trouvé dense et profond à sa manière. je n'ai pas éprouvé le besoin de compter de combien de phrases il était fait... Mais l'ampleur des circonvolutions du voyage
intérieur du narrateur est impressionnante, même si ce personnage peu sympathique et effrayant est franchement difficile à suivre.