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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 09:00

Cendrillon, d’Eric Reinhardt est un roman inclassable, foisonnant, difficile à résumer.  Il raconte une tranche de vie, une saison, d’un auteur qui se décrit comme étant Eric Reinhardt et la vie beaucoup plus complète de plusieurs autres personnages.

Déconcertant au début, rebutant pour un lecteur chérissant la linéarité et la clarté, le roman s’aborde plus facilement une fois saisi que les personnages sont des avatars de Eric Reinhardt, des possibilités de lui-même, des vies qu’il aurait pu vivre.

Ainsi Laurent Dahl, Patrick Neftel et Thierry Trockel apparaissent comme des doubles potentiels et avortés du narrateur. Leurs histoires se croisent d’ailleurs parfois à la faveur de quelque évènement qui donne au lecteur des morceaux de clefs.

Eric Reinhardt explore dans Cendrillon plusieurs thèmes ; l’automne, affirmé comme sa saison préférée et qu’il décrit avec enthousiasme et volubilité ; la cambrure des pieds ; les relations à un père souvent humilié et en échec. Les aventures sexuelles des personnages souvent faiblement oniriques occupent peu de pages mais elles marquent l’esprit.

Mais ce que j’ai adoré dans Cendrillon, c’est le monde des « traders » en bourse ! Le roman a été publié en 2007, avant que la crise financière n’éclate et tout y apparaît déjà clairement.

La description de ce monde et l’explication des mécanismes financiers mis en jeu confinent au sublime. Le pouvoir des hedge funds capables de piloter le destin des entreprises en vue de plus d’immédiats profits ; la spéculation qui a depuis longtemps renversée la stratégie, les développements long terme et la confiance ; le monde absurde des traders brassant des centaines de millions ou des milliards ne leur appartenant pas et où le seul but de leur vie devient « gagner plus » (comment se contenter de se gaver avec 5 millions de dollars par an si d’autres se goinfrent avec 15 millions ?). On y apprend que les traders manipulent des dolls (1 doll = 1 million de dollars) bien loin de l’univers enfantin et de ses poupées !

Un puissant dégoût monte à la lecture de ces pratiques malsaines qui n’ont aucun lien avec l’économie réelle et dans lesquelles, malgré la crise monumentale qui frappe, le monde continue de se plonger avec inconscience, porté et aveuglé par sa caste dirigeante qui y a, elle, intérêt. Permettez moi d’emprunter une image : Un lapin dont la tête est coincée dans un grillage et qui tente inlassablement de pousser plus fort en avant pour essayer de passer, sans avoir l’idée de reculer !

Rien que pour l’éclairage sur les pratiques des traders et pour la vraie ou fausse interview de Louis Schweitzer, ex PDG de Renault, ce roman vaut la peine d’être lu.

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Published by Tioufout - dans Livres
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commentaires

Tioufout 31/03/2009 22:27

Un livre que l'oin n'oublie pas, en effet, moins par l'histoire que par le sentiment de ne pas avoir perdu son temps ou simplement passé un bon moment!

Leplec 31/03/2009 21:56

Un livre puissant et essentiel, bien loin des historiettes (parfois fort plaisantes) d’Amélie.