Dimanche 18 janvier 2009 7 18 /01 /Jan /2009 16:42

Le concept de désir théicole prend ses racines dans le besoin de convier de façon originale un groupe d’amateurs de thé à venir déguster leur infusion favorite. Ces théinomanes travaillent éparpillés au deuxième étage d’un bâtiment quelconque pour concevoir et réaliser de magnifiques projets dont l’audace ne le dispute qu’à l’innovation technologique pour un fier avenir.

Mon espace de travail hébergeant la théière, il me fallait un moyen d’informer mes coreligionnaires en thé que le breuvage dont nous raffolons n’attendait que leurs papilles pour exploser en bouquet de saveurs.

Faire le tour des bureaux ne pouvant s’envisager de manière régulière sans mettre sans doute grandement en péril la santé financière de nos actionnaires, le message électronique (l’email aurait écrit un fainéant et un partisan de nos ennemis héréditaires d’outre Manche, le courriel lui aurait préféré un gardien vigilant de notre langue) s’imposa rapidement. D’un clic, chacun devenait conscient qu’un délicieux moment de partage était à portée de tasse (ou de mug aurait écrit l’anglophile).

Mais que choisir comme sujet de ces messages ?

-          Une formule lapidaire : « Thé », « Le thé est prêt », « T »

-          La description de la variété : « Earl Grey », « Oolong », « Darjeeling », « Sencha »

-          Une information allusive : « C’est l’heure !», «Si cela vous dit … », « Une pause ? »

-          Une formule abstruse : «Caféine en plongeons de bourgeons » 

L’inspiration vint à manquer sous quelques semaines. La routine prenait le dessus.

Un matin, recherchant une façon nouvelle de m’acquitter de cette tâche, je me souvins d’une publicité pour Aubade, la célèbre marque de lingerie. Elle affichait sous chaque nouvelle photo, fort esthétique au demeurant, une leçon telle: «Leçon n° 3 : Placer quelques obstacles sur son chemin» ou «Leçon 53 : l’entraîner dans votre chute».

La décision fût prise et les désirs théicoles naquirent. J’informai désormais que le thé était prêt par un désir que je nommai théicole, à la fois conscient et satisfait de ce néologisme. Je m’imposai en plus que chaque désir commence par un verbe chaque fois différent. Autre contrainte, la rédaction d’un désir ne devait pas prendre plus de quelques secondes afin que ma productivité n’en pâtisse point et que les actionnaires s’empâtassent.

Ces désirs s’inspirent parfois de l’actualité, se basent sur l’humour ou les jeux de mots, font quelquefois appel à la musique de notre langue (Ah les assonances et les allitérations!), résonnent d’une poésie loufoque ou absurde et toujours témoignent de l’envie de l’instant.

Le premier désir théicole fût :

Désir 1 : S'enivrer du parfum ocre de la terre après l'orage

J’ai toujours aimé cette odeur particulière que la campagne possède après un bref orage par une chaude journée. La couleur ocre (et sa proximité sonore avec acre) me parait apte à nuancer ce parfum.

 

 

Par tioufout - Publié dans : Désir Théicole - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /Jan /2009 08:30

Alain Monnier a publié en 2007 Notre seconde vie, roman savoureux qui décrit les évolutions, dans un univers virtuel, de quelques personnages (avatars). Le titre, transparent, fait référence à Second Life, l’univers bien connu sur internet qui, en 2007, atteignait la notoriété dans le grand public.

Après des livres, pour la plupart réussis, dont l’humour s’ancrait dans les cocasseries de situations sociales actuelles, l’auteur toulousain s’attaque à la vie par procuration que procurent les univers virtuels.  

Eva, Karine et les autres tentent souvent de combler à travers leur avatar les manques de leur vie réelle. La femme renfermée, en surpoids, à l’hygiène douteuse, dans son petit appartement se transformera dans l’environnement de Notre Seconde Vie, NSV, en une créature sexy, sure d’elle et partira à la conquête de beaux personnages masculins.

Le roman pointe aussi clairement qu’au-delà de la virtualisation des échanges et de la perte de sociabilité réels que cela peut engendrer, ces univers virtuels souffrent des mêmes dérives que le monde concret : pouvoir, argent, cabale, fuite, domination, drogue, déviances, meurtre; chacun pourra compléter cette liste à sa guise.

Alors que dans ces jeux, s’exercent une sorte de pouvoir divin, par la modélisation ex-nihilo de tout un univers, la création de personnages et la mise en place de règle, l’évolution naturelle conduit à reproduire les caractéristiques (d’aucuns diraient les tares) de notre monde.

Une fois de plus, grâce à ce roman sans prétention, Alain Monnier m’a séduit.

Par tioufout - Publié dans : Livres - Communauté : Mes livres préférés
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Lundi 12 janvier 2009 1 12 /01 /Jan /2009 09:00

JMG Le Clezio  : prix Nobel de Littérature 2008! La surprise fut totale car d’aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai de souvenir de cet auteur ; le désert complet !

Je décidai de combler cette lacune et, sans préjugés, je pris le premier livre qui me tombât sous les yeux.

Ritournelle de la faim, de JMG Le Clézio, se passe dans le milieu de la bourgeoisie de l’Ile Maurice, installée en France, avant la guerre de 39-45. Ethel, l’héroïne, voit les parents, les amis mais aussi les profiteurs se retrouver dans le salon de son père pour de mémorables discussions. Dans ce milieu où Hitler n’a pas que des opposants, elle assiste à la déconfiture de sa famille et en particulier de son père, qui dilapidera l’héritage du seul parent qui ait vraiment compté pour elle.

Après quelques pages où la description du manque de nourriture semble justifier le titre, l’auteur nous entraîne sur une autre faim, celle de l’amitié, celle de l’honnêteté, celle de la volonté de survivre aux revers de l’existence.

Dans un style fluide, Le Clézio parvient à nous émouvoir des hauts et des bas qui jalonnent l’existence d’Ethel . Cela m’a donné envie de découvrir davantage l’univers de notre plus récent prix Nobel.

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Dimanche 11 janvier 2009 7 11 /01 /Jan /2009 18:10

Quelques liens pour le référencement du blog

Boosterblog : http://www.boosterblog.com    



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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /Jan /2009 20:28

A en juger par ce premier roman, Le cœur cousu, Carole Martinez possède un rare talent ; elle sait raconter une histoire.

Frasquita Carasco est née dans un village au sud de l’Espagne et elle hérite de sa mère un don qui insuffle une incomparable beauté aux vêtements qu’elle coud. C’est l’histoire de Frasquita et de sa famille que narre ce livre, de la terre hostile de son village et de la rudesse de ces habitants jusqu’au Maroc ou elle finira par échouer après avoir été jouée et perdue par son mari.

Le cœur cousu se situe à mi-chemin de la saga familiale et de la fable poétique.  Les pouvoirs merveilleux et inexpliqués se transmettent de fille à fille et rappellent les temps anciens, les villages immuables, les clans, les paysans et les seigneurs, la jalousie, la force de ces femmes au tempérament affirmé à la fois enviées et craintes et peut-être détentrice d’une magie, à mille lieux du sorcier à lunettes. Les prénoms des enfants de Frasquita se succèdent, Anita, la mutique, Angela, à la voix d'or, Pedro el Rojo, le dessinateur, Martirio, au baiser mortel, Clara, qui tire son énergie de la lumière du soleil, etc.

Ce livre est un bijou, une rareté, une perle. Il faut certes franchir les premiers chapitres, qui du fait même de la technique narrative, ne peuvent prendre un sens immédiat. Ensuite, les rets ne se relâchent plus.

J’ai goûté ce livre comme un bon mets, savourant chaque ligne, hésitant entre l’envie de le dévorer et le souhait d’en laisser pour le lendemain afin de me délecter de l’envie de le retrouver.

Ce roman a été couronné de nombreux prix. Je lui décerne celui de ma plus belle découverte 2008.
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Mardi 30 décembre 2008 2 30 /12 /Déc /2008 16:17

Le phénomène se répète à chaque rentrée littéraire, alors que les salles de classes se remplissent Amélie Nothomb publie son nouvel opus. Chaque année, comme pour le Beaujolais nouveau, il y a les fans, impatients, les amateurs, curieux, les snobs, enthousiastes, et la grande majorité qui demande à être convaincue.
 

 Cette année, c'est avec Le fait du prince qu'Amélie Nothomb a rempli les devantures des librairies. Pourtant comme pour le Beaujolais nouveau, si je ne peux m'empêcher de louer la récurrence de l'évènement, son parfait agencement marketing et son accessibilité, je ne peux que regretter l'absence de profondeur et de complexité du produit.

Le fait du prince est un petit opuscule, qu'une ou deux soirées suffisent à parcourir. L'idée de départ est comme souvent chez Amélie Nothomb, originale: Un inconnu meurt chez Baptiste Bordave qui décide d'en prendre l'identité. Il devient ainsi Olaf Sildur en se coulant dans sa vie avec une stupéfiante facilité, dégustant maintes bouteilles de champagne avec sa veuve et régnant sur les biens de la victime.

En ces temps de crise financière la morale de l'histoire ne manque pas d'à propos puisqu'elle affirme que ceux qui possèdent de l'argent et du pouvoir, accèdent à de nouveaux privilèges et des prêts du fait de leur statut et non de leur valeur humaine ni de celle de leurs projets, de part donc le simple fait du prince.

Amélie Nothomb, une fois de plus, démontre sa maîtrise des dialogues qui constituent l'essentiel de l'ouvrage. Cependant, l'originalité de l'idée initiale se transforme assez vite en répétition monotone, et les espoirs conçus dans les premières pages sont déçus. Quant à la fin, je me demande si son seul intérêt n'est pas de justifier le titre du roman. Il est vraiment dommage qu'une fois encore Amélie Nothomb cède à la facilité et bâcle la conclusion du livre. En cela elle fait parfois penser à Jean-Christophe Grangé dont les intrigues brillent mais dont les épilogues simplistes ternissent tout le roman.

Le fait du prince n'est pas un mauvais livre; j'ai passé un agréable moment en sa compagnie, mais j'en suis ressorti frustré par sa superficialité. Comme le Beaujolais nouveau.

Voir aussi :
Les combustibles – Amélie Nothomb
Attentat – Amélie Nothomb
Acide sulfurique – Amélie Nothomb
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Dimanche 7 décembre 2008 7 07 /12 /Déc /2008 21:31

Hier, une fois de plus, la France qui ne se lève pas tôt le dimanche matin, a assisté, l’œil humide, à la cérémonie d’élection de Miss France 2009.

Une émission où les miss sont en mission : Illusionner le peuple français d’une grandeur, d’une tradition du bon goût, d’une élégance dont notre pays serait le farouche gardien face à la décadence des mœurs et de la tradition vestimentaire.

Une émission qui agirait comme une madeleine et réveillerait de doux souvenirs étincelants de paillettes ; la France sera toujours la France !

Hier, pourtant, quelque chose clochait et accrochait un peu de biais ce tableau idyllique.  Ce n’était pourtant pas la stupéfiante petite randonnée en Thaïlande avec le ruban que les impétrantes régionales portaient dans la forêt pour que les singes puissent les nommer. Je ne crois pas non plus que c’était cet étalage de marques jetant leurs mielleuses offrandes non aux candidates mais aux téléspectatrices qui n’en rêvent même pas.  Etait-ce alors cette simagrée de concours où le suspens, grossièrement distillé, embobine ceux qui, par leur vote,  espèrent mettre quelques milliers d’euros dans leurs poches tout en étant certain de remplir celles de TF1 et d’Endemol ?     

Non, hier, ce qui m’a surpris, c’est à quel point cette émission  semblait factice, comme un vieux film trop souvent regardé, dont on connaît chaque réplique, chaque séquence et chaque mimique des acteurs. Pendant longtemps ce film nous a rassuré, nous a ancré dans notre histoire, sans nostalgie mais avec la certitude de son immuabilité. Et brusquement il apparaît pour ce qu’il n’a jamais cessé d’être, un témoignage lointain d’une époque révolue, une musique de chambre sous les lustres en cristal d'un salon bourgeois alors que brûle Paris.

Je me suis aperçu que Madame de Fontenay, grande prêtresse de la pythie télévisuelle qui allait bientôt rendre son oracle et annoncer qui représenterait la France d’antan l’année prochaine, avait kidnappé cette institution et sous le prétexte de la préserver l’avait momifiée. Le rêve, vendu à une société de production était devenu un produit de consommation, comme jadis, la fée électricité.

Alors hier, Madame de Fontenay, j’avais envie de vous crier chapeau bas , très bas!

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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /Déc /2008 22:40

Oui, c’est vrai, je suis un admirateur d’Amélie Nothomb; Pas inconditionnel, non, loin de là, mais je guette ses livres ! Une imagination foisonnante, un talent de conteur et une facilité dans l’écriture, les romans d’Amélie Nothomb paraissent aussi simples à écrire qu’ils se lisent avec facilité.

Pourtant parfois la facilité confine à la négligence et je me dis que l’auteur n’a pas dû passer des nuits blanches à guetter l’inspiration ou à chercher le mot exact qui rendra le mieux compte d’un sentiment ou d’une couleur.

Attentat, pourtant, se base sur une idée pleine de promesses : Epiphane Otos, un homme qui va sur sa trentaine, se décrit comme l’être le plus hideux du monde. Un hasard de l’existence le pousse à postuler pour un rôle de laid dans un film ; Il n’a pas le rôle mais tombe secrètement amoureux de l’héroïne et décide de créer le métier de repoussoir universel.

Beauté intérieure face à beauté extérieure, importance du Laid pour mettre en valeur relative le Beau ; qu’est ce que la beauté, existe-t-elle en dehors de l’homme ? Quelques questions que se posèrent déjà, il y a des siècles, des philosophes comme Spinoza et qu’Attentat ne renouvelle guère.

Ce livre m’a laissé sur ma faim ; pas désagréable à lire, non, mais au-delà de l’idée originale, un manque de profondeur. Une facilité bien dommageable quand on a autant de talent qu’Amélie Nothomb.

Voir aussi
Les Combustibles - Amélie Nothomb
Le fait du prince - Amélie Nothomb
Acide sulfurique – Amélie Nothomb

Par tioufout - Publié dans : Livres
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