Lundi 5 septembre 2011 1 05 /09 /Sep /2011 08:16

korman-cloe-les-hommes-couleurs.jpg George et Florence Bernache, couple Franco-Américain, pilotent le chantier de construction d’un métro à Mexico pour la société américaine Pullman ; le projet avorte pour des raisons liées à des trouvailles archéologiques et la découverte de pétrole. Le chantier est alors transporté bizarrement à Minas Blancas, près de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, pour que Pullman demeure dans un jeu ambigu mêlant politique et stratégie industrielle.

 

Le chantier n’avance pas et les Bernache y engloutissent des sommes colossales et étrangement, la maison mère semble oublier le projet en plein désert. D’étranges travailleurs parlent de couleurs, de figurines antiques, de cultes archaïques, de dieux aztèques et d’une possibilité que les travaux progressent. Les époux y consentent plus ou moins contre leur gré et, il devient bientôt évident que les hommes utilisent le projet pour creuser un tunnel permettant une immigration aisée aux USA.

De nos jours, Joshua Hopper enquête sur ce chantier faramineux et, grâce à Gris Bandejo, témoin de l’époque, reconstituera le parcours des Bernache.

 

Le roman foisonne de navigation entre le passé et le présent et baigne dans la lumière ocre de la terre sacrée des aztèques et celle plus crûe des réalités plus terre-à-terre. L’atmosphère poisseuse et lourde des boyaux de mines qui s’enfonce dans le sous-sol convient bien à cette évocation des migrations et aux sacrifices que font ceux qui partent.

 

Pourtant, malgré les critiques enthousiastes que j’ai entendues ou lues (après ma lecture du livre) j’ai parfois feuilleté les pages qui restaient avant la fin en me disant ‘encore tout ça’. Je n’ai pas été rebuté mais quelque chose dans la narration m’a gêné : peut-être une hésitation dans la conduction de l’intrigue et un côté flou. Ce que les exégètes mettent au crédit d’une subtile et complexe construction, m’a ennuyé.

 

Ce roman a obtenu le prix du Livre Inter 2010. 
 

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Par Tioufout - Publié dans : Livres - Communauté : Lettres et littérature
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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 08:13

La-piel-que-habito---Pedro-Almodovar.jpg Réalisé par Pedro Almodóvar en 2011, avec Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes, etc.

 

Depuis le décès de sa femme consécutif à de très graves brûlures, Robert Ledgard, chirurgien esthétique, poursuit des recherches sur la peau artificielle. Il annonce enfin sa réussite dans des conférences, une peau génétiquement modifiée, plus résistante que la peau humaine. Succès chèrement payé : le chirurgien tient enfermé une jeune femme sur laquelle il expérimente ses créations de peaux, contre toute déontologie. Une étrange fascination relie le médecin et cette prisonnière qui semble éprouver une passion pour celui qui la maintient cloîtrée tout en étant traversée par des pulsions suicidaires.

 

Ce thriller efficace baigne dans une lumière froide et pesante. La formidable musique (il ne s’avère pas si fréquent que j’ai envie de réécouter la BOF) sert parfaitement le scénario peuplés de savoureux rebondissements. Le réalisateur espagnol adapte dans ce film le livre de Thierry Jonquet, Mygale, que je n’ai pas lu – donc pas de comparaison saouvent en défaveur du film !

 

Le cinéma d’Almodovar est peuplé de références au corps, à la sexualité, à la transsexualité, aux rapports hommes-femmes. La piel que habito ne fait pas exception ; ces thèmes sont disséqués jusqu’à une forme de folie. Comment cette peau, notre apparence, peut nous être à la fois si proche et parfois étrangère ; constitue-t-elle notre réalité, notre essence ou pouvons nous conserver notre identité dans une autre peau ? De nombreuses allusions à la peau parsèment les séquences.

 

Les seconds rôles affichent une remarquable épaisseur : Je ne citerai que la gouvernante (mais n’est-elle que cela ?) et l’homme vêtu d’un costume de tigre !

 

Un bon film, sans aucun doute, avec d’excellents acteurs, qui aurait à mon humble goût pu davantage insister sur le suspens psychologique et sur l’angoisse pour en faire une référence du genre.

Par Tioufout - Publié dans : Cinema - Communauté : Les films : outil de culture
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Lundi 22 août 2011 1 22 /08 /Août /2011 08:10

Réalisé par Lars von Trier en 2011, avec John Hurt, Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, etc.

 

Melancholia---Lars-von-Trier.jpg Dans les 5 premières minutes très belles, Lars von Trier nous montre la fin du monde, la terre rentrant en collision avec Melancholia, grosse planète bleuâtre. La musique Wagnérienne de Tristan et Yseult renforce avec grandeur le symbolisme de ces premières scènes.

 

Retour en arrière – 2 jours avant l’apocalypse : Justine, publicitaire talentueuse et déprimée, se marie dans le château de sa sœur Claire. Sous les paillettes et des smokings, les fissures se font jour dans cette belle cérémonie et Justine sabote sa soirée ; il y a quelques beaux portraits – la mère irascible et désabusée, le beau-père et patron qui mérite ce qu’il lui arrive !

 

La seconde partie du film se concentre autour de Claire ; opposée de sa sœur, dynamique, énergique ; le choix du prénom enfonce un gros clou, bien visible, face à la mélancolie de Justine ! Melancholia approche et Justine qui n’a plus rien à perdre, retrouve plus de sérénité ; de toute façon elle est convaincue qu’aucune autre vie n’existe dans l’univers et que la vie sur Terre ne mérite aucune indulgence. Claire, par contraste, a tout à perdre - ses petits bonheurs, son mari, sa sœur et surtout son fils, Léo – et le film montre sa réaction et ses tentatives pour échapper à l’inéluctable.

 

Le film est construit sur cette opposition des personnalités sororale et s’il y a de belles scènes (j’ai bien aimé la toute dernière, celles des montgolfières et le ‘mesureur’ d’approche de Mélancholia) et il y a aussi des longueurs (la première partie m’a ennuyé et si j’avais eu une montre je l’aurais consultée plusieurs fois) et des invraisemblances (l’approche de Melancholia ne perturbe en rien la fête et n’est dans aucune conversation, la communauté scientifique qui prévoit l’évitement et non la collision).

 

La réussite du film tient, pour moi, au choix d’aborder la fin du monde à travers les réactions de deux femmes et non pas comme un film catastrophe à l’américaine. A part ça, je suis quand même resté sur ma faim avec un symbolisme parfois lourdaud et une réflexion un peu courte. En plus les tressautements quasi permanents de caméra m’ont ennuyé : la caméra à l’épaule, ça a peut être une délicieuse connotation dogmatique mais ça lasse !.

 

Par Tioufout - Publié dans : Cinema - Communauté : Cinéma
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Jeudi 18 août 2011 4 18 /08 /Août /2011 15:02

Edmond-Hamilton---Les-rois-des-etoiles.jpg Lorsque John Gordon entend la voix du fils de l’Empereur Galactique lui proposer d’échanger leurs esprits pour 6 semaines, il accepte volontiers. Le voici projeté en 202 115 (deux mille siècles dans le futur) dans le corps du prince Zarth Arn alors que ce dernier poursuit l’étude du passé de la civilisation humaine dans celui d’un modeste comptable new-yorkais.

 

Mais le prince n’avait pas prévu la guerre que menace de livrer la Nébuleuse Noire aux forces de l’Empire. John Gordon, que tous prennent pour le Prince, va devoir sauver la paix de la galaxie. Il peut compter sur Lianna, souveraine du royaume de Formalhaut, à laquelle il doit s’unir pour consolider les alliances politiques.

 

Lorsque l’Empereur Arn Abbas meurt assassiné et que tout désigne John Gordon alias le Prince Zarth Arn comme coupable, sa mission s’annonce vraiment difficile.

 

Voilà donc de la science fiction d’antan - le roman est publié en 1947 ! L’auteur situe son action dans 200 000 ans ; l’homme a depuis longtemps conquis de nouvelles planète et vit en paix avec les civilisations aborigènes. Pourtant, rien que de très classique ne se passe : des complots, des histoires d’amour, des trahisons, des alliances, l’affrontement du bien et du mal. Bien sûr, la guerre a lieu à l’échelle d’une galaxie, les vaisseaux se déplacent bien plus vite que la lumière, des armes redoutables ont été créées, l’architecture et la nourriture ont évolué, mais l’homme semble avoir finalement peu si peu changé.

 

Malgré les 200 000 années écoulées l’humble new-yorkais comprend sans grande peine le monde du futur et c’est la principale limite de ce roman, par ailleurs aisé et agréable à lire : Au-delà de quelques joujoux technologiques, rien de neuf sous les soleils ! Pourtant à l’aune des évolutions de notre espèce en seulement 10 000 ans, on pouvait espérer que l’auteur dépeigne une civilisation complètement  nouvelle ; il n’a que projeté la nôtre dans le temps.

 

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Vendredi 5 août 2011 5 05 /08 /Août /2011 08:10

thomas-chantal-la-vie-reelle-des-petites-filles.jpg La vie réelle des petites filles est un recueil de nouvelles, style littéraire dont je suis gourmand. Le thème, en pleine cohérence avec le titre, décrit le monde de l’enfance et singulièrement celui des petites filles. La méchanceté, la naïveté, la rébellion et bien d’autres sentiments s’expriment. Les textes des nouvelles est parfois très bref (une à deux pages) parfois plus conséquent, mais à chaque fois l’univers est bien campé et l’on en retient quelque chose (une morale sous-jacente, un souvenir réveillé, une colère ou une pitié rentrée).

 

Pas un grand livre, mais pas un mauvais livre non plus ; mais pas un grand livre, d’ailleurs je ne sais pas trop quoi en dire.
 

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Mardi 2 août 2011 2 02 /08 /Août /2011 08:06

Philippe-Claudel---L-Enquete.jpg L’Enquêteur n’aurait imaginer plus difficile démarrage : arrivée dans une ville de province pour investiguer sur une vague de suicides dans l’Entreprise, personne ne l’attend à la gare. Trempé par une pluie glaciale, il se réfugie dans un bar, vide, dont l’employé lui bat froid. Il erre dans des rues étrangement désertes ; le seul humain rencontré lui renverse sa valise qui déverse son contenu sur le sol détrempé. Il finit par être accueilli par la Géante dans l’hôtel de l’Espérance. Sa chambre, n° 93, est ridiculement vaste mais meublée on ne peut plus chichement ; la salle de bain, au contraire, laisse à peine passer son corps (et encore, de biais).

 

Rien ne s’arrange le lendemain. Une foule de Touristes bâfrent tandis qu’il doit petit déjeuner de deux biscottes rances et de café amer. Le Policier agit tout aussi étrangement et il s’étonne de cette foule compacte qui en un flux interrompu et univoque finit par l’emporter. Avec surprise, sans changer de trottoir, il se retrouve de l’autre côté de la rue face à l’entrée de l’entreprise. Il ne possède pas l’Autorisation Exceptionnelle mais le Guide lui permet d’entrer.

 

Au bout de quelques pages, les souvenirs de Kafka (le château, le procès) s’imposent. L’Enquêteur évolue dans un monde dont il ne comprend pas les règles que les autres cependant semblent suivre sans se questionner.  Au fil des pages, son étonnement cède devant l’acceptation et les événements les plus extraordinaires s’inscrivent dans la norme nouvelle.

 

On peut voir dans ce roman une réflexion sur une société qui édicte des monceaux de règles que plus aucun citoyen ne maîtrise dans leur intégralité ; sur un environnement normalisé qui force à l’assimilation bien plus encore qu’il ne rejette les particularités. On peut aussi y voir une pensée sur le roman dont les personnages évoluent dans l’univers de l’auteur et, s’ils semblent avoir une vie propre, dépendent entièrement de leur créateur.

 

N’est cependant pas Kafka qui veut et, s’il a inspiré Philippe Claudel, l’écrivain pragois n’a pas trouvé son successeur. Cette précision apportée, j’ai quand même beaucoup aimé ce roman et vous le conseille.

 

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Par Tioufout - Publié dans : Livres - Communauté : Litterature
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Lundi 25 juillet 2011 1 25 /07 /Juil /2011 08:04

Ray-Bradbury-----mais-a-part-ca-tout-va-bien-Quicker-th.jpg J’apprécie tout particulièrement les nouvelles ; les fidèles de ce blog le savent bien. Alors, imaginez, un recueil de nouvelles de Ray Bradbury, le célèbre auteur de science fiction, celui de Farenheit 451, celui des Chroniques martiennes !

 

La quatrième de couverture informe qu’il a écrit ces nouvelles parvenu quasiment au terme de sa vie ; je saisis l’ouvrage et attend patiemment que la nuit tombe, que la liseuse troue l’obscurité de la chambre et pare les murs d’une douce luminosité bleutée. Comment cet auteur formidable va-t-il se projeter dans notre futur ? Quelles géniales anticipations vont-elles germer dans son cerveau fécond (l’emphase n’exclut pas la banalité, je sais) ?

 

La déception côtoie l’abysse, aussi profonde que l’attente fût élevée. Pas de science-fiction dans ces récits, un peu de fantastique certes, la revisite de quelques thèmes classiques mais la banalité triomphe. Bien sûr, je pourrais retenir l’électrocution où une saltimbanque reçoit des décharges électriques sui finiront par la consumer ou la route dans laquelle une famille retrouve une vieille route abandonnée et roule entre peur, nostalgie et envie. Ma favorite est l’échelle de Sakharov / Richter, prétexte à l’auteur pour se demander pourquoi les grandes villes ont été volontairement construites sur des lignes de failles sismiques.

 

Mais dans l’ensemble, bof, bof.

 

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Vendredi 15 juillet 2011 5 15 /07 /Juil /2011 08:16

Le Musée des valeurs sentimentales - Gaëlle Obiegly Les livres existent par leur rencontre avec chaque lecteur. Ce roman qui a bénéficié de bons articles de critiques professionnels, m’est resté entre les mains comme un repas trop lourd peut rester sur l’estomac.

 

A vrai dire, ce n’est pas à proprement parler de lourdeur qu’il s’agit ; plutôt d’un mélange d’exercice de style et de narration en étoilée dont l’intérêt m’échappe.

 

Pierre Weiss, un artiste, disparaît d’une réception donnée dans un château nommé le Luxe. Dans le parc du château se situe le musée des valeurs sentimentales, autour duquel s’inscrit une part du récit. Bientôt c’est aussi le cas de sa monumentale sculpture, Bild und Porzellan II, portée depuis son lieu de création par douze hommes, presque tous polonais. La réception perd alors de sa rationalité et les invités deviennent des personnages, racontant leur vie par bribes, empruntant des identités multiples, tissant une histoire dont les fils se nouent et se dénouent pour finalement dévoiler quelques images. La compagne de l'artiste, qui est appelée 'la wielle personne', oui avec un w, est le centre de l'étoile narrative à partir de laquelle se déploit les ramifications d'un récit fantasque.

 

Six pages m’ont été nécessaires pour identifier la particularité stylistique du roman. Le dernier mot de chaque paragraphe devient le premier ou deuxième mot du paragraphe suivant. Parfois ce petit jeu se déroule entre les phrases d’un même paragraphe. Rapidement énervant d’autant que si on peut imaginer l’effet « marabout, bout d’ficelle » symbolisant une construction de l’histoire de proche en proche, on peine à justifier son systématisme.

 

La narration est tout sauf linéaire. L’imaginaire semble prendre le pouvoir. Il faut sans doute s’y laisser emmener. Je n’y suis pas parvenu.

 

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Par Tioufout - Publié dans : Livres - Communauté : Les mots dans tous leurs états
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